Je relis cet article de fin octobre 2016 et je me rappelle des moments intenses vécus à côté de mon four de sculpture :

Même les artistes, plus remarqués en général par leur passion que par leur vie quotidienne, peuvent se laisser attraper par celle-ci. Le four avait déjà refroidi  ce matin et j’aurais pu l’ouvrir pour découvrir les sculptures cuites. C’est tout un processus important qu’elles subissent. Une température de 1200° n’est pas une mince affaire. Cela te change les molécules ! Leur structure n’est plus la même et il n’y a pas de marche arrière.

Ce processus implique des risques. L’argile se défait de toutes ses molécules d’eau et, ce faisant, la pression de la vapeur monte à tel point qu’elle peut faire exploser la pièce. On peut se retrouver devant un tas de morceaux éparpillés sans forme précise. C’est un moment important. Et pourtant… un sculpteur qui fait cela au moins une fois par semaine peut devenir blasé… La preuve : une sculpture que j’aime particulièrement attendait de voir le jour et elle est restée toute la journée enfermée. Je me suis laissé prendre par des obligations particulières. Tout près de minuit, je la libère. Heureusement elle a réussi à traverser les flammes sans dégâts. C’est le buste de la Poétesse. Son regard n’essaie pas de me culpabiliser ; il est plutôt compréhensif. Je lui explique qu’aujourd’hui des choses importantes m’attendaient (j’en parlerai dans un autre article). Ses yeux me disent :  « je sais. De toute façon, je suis déjà loin du temps. Les nuits et les jours n’auront plus d’effet sur moi. Un jour de plus dans le four ne change rien. Je serai là, sur Terre, plus longtemps que toi »… Je dois dormir. Si j’entends des voix, c’est le manque de sommeil, peut-être. Ou Galatée qui parle ?

 

Quatre années plus tard, je pense à cette époque où j’ai réalisé le buste de la Poétesse en argile. Tant de choses se sont passées entretemps ! Aujourd’hui le four se trouve au chômage technique. L’argile reste un matériau central de mon activité, mais je consacre la plupart de mon temps au marbre. La Poétesse, ma muse, a déjà posé pour deux ou trois sculptures taillées dans la pierre (j’en parlerai dans un nouvel article). Mon univers est aujourd’hui très différent. Cela se verra petit à petit dans les futurs articles.

Petit mot à propos de l’erreur de publication de ce matin : vous avez reçu un mail vide. Erreur de manipulation à cause du changement de plateforme. Je vous propose de lire l’article que je venais de publier et qui parle de notre départ de Facebook. Cliquez ici si vous souhaitez le lire.

 

Recevez une fois par semaine Le Journal d'un sculpteur.

Des réflexions, des anecdotes, des récits, des doutes, des questionnements... d'un sculpteur qui se sert des mots pour partager son univers.

Votre adresse-mail est inscrite avec succès !

Pin It on Pinterest

Share This