Je casse la pierre, donc je suis

Je casse la pierre, donc je suis

Pourquoi on passe des heures à «voir» Facebook ? J’allais écrire «lire», mais quand on passe du temps sur FB c’est plutôt pour une activité d’observation. On regarde des images, figées ou en mouvement (des vidéos, des GIF). Mais pour quoi ? Pour s’amuser ? Pour se distraire ? (se distraire, s’extraire, de quoi ?) Pour apprendre ? (on a l’impression d’apprendre, parfois, mais en général on part sans retenir la moindre information). En fait, les algorithmes des réseaux sociaux nous nourrissent des idées qu’on avait déjà. On se fait manipuler « à notre insu » (comme toute manipulation, évidemment). Facebook est conçu de telle façon qu’on reçoit de l’information qu’on « aime ». Chacun de nos « likes » aide l’algorithme à enregistrer nos goûts, nos préférences, nos intérêts. Et après il nous balance une réalité très personnalisée. Et nous pensons que les autres pensent comme nous ! Ceux qui se battent pour les animaux auront plein de vidéos et d’images de cruauté sur le fil d’actualité, ceux qui aiment manger bio, des images de pollution ; les végans auront des messages sur les injustices faites aux animaux ; les gens d’extrême-gauche, des images sur les excès du capitalisme ; nos amis indignés par la société industrielle (dont ils pensent ne pas faire partie), des images de productions pharaoniques, etc. Tout le monde baigne dans ses propres idées. C’est une zone de confort. On retrouve ceux qui pensent comme nous.

Si vous êtes en train de lire cet article sur Facebook, ne vous inquiétez pas, cela ne veut pas dire que vous pensez comme moi, ou moi comme vous. J’apparais sur votre fil d’actualité seulement parce que nous sommes « amis ». Car il y a aussi le côté « social » : on retrouve le plat qu’a dégusté un copain, ou le chien d’un pote qui lèche un rat (son chien, pas le pote, quoique…), le monument visité par la cousine, le chanteur préféré de la tante, la photo de famille d’un ami qu’on n’a pas vu depuis des années (et qu’on ne verra pas en vrai encore pendant quelques années), le message philosophique d’une ancienne amie avec qui on sortait le soir pour discuter d’un livre (quand on lisait des livres), des tonnes de « selfies » de tous ceux qui cherchent à se refléter pour être sûr qu’ils existent. Bref, les réseaux sociaux ne nous apportent pas grand-chose de nouveau.

Ils nous confortent en nous faisons croire que le monde change. Et il change, le monde, c’est vrai, mais je pense qu’il ne se dirige pas encore dans une direction précise. On est dans l’étape de l’indignation. Les propositions ne tarderont pas à arriver.

De mon côté, je publie des images qui ne servent à rien, des images de mes sculptures, juste pour prouver que j’existe (je plaisante, car je sais que je n’existe pas…). Si j’existe, c’est grâce à la complexité et à la richesse du corps humain qui me sert de base pour une recherche autour de la beauté… C’est cela que je voudrais partager avec vous. La beauté que je trouve et que j’essaie de « pousser » dans la pierre. 

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