Journée atelier portes ouvertes

Journée atelier portes ouvertes

Joie, force et volonté

Nous ouvrons les portes de notre atelier pour partager avec vous une œuvre exceptionnelle. Neuf mois de travail intense ont fait surgir une présence dans un bloc de marbre de Carrare de 1,2 tonne.
Dylan est parti trop tôt, à l’été 2020. L’essence du jeune homme était liée au dépassement. Il avait fait sienne la citation de Clemenceau : « Il n’y a qu’une façon d’échouer, c’est d’abandonner avant d’avoir réussi. »
Cette œuvre monumentale, mais à taille humaine, est en écho à sa vie. Dans le regard de Dylan sculpté par Gérard se lit le pouvoir de dépassement de l’art.
Nous voulons partager avec vous cette œuvre (en extérieur), juste avant qu’elle ne parte pour son emplacement définitif à Marseille. Elle sera accompagnée d’un ange en bronze : son mouvement ne dit pas s’il vient de se poser ou s’il est prêt à décoller…
La famille de Dylan nous fera l’honneur de sa présence.

 

 

Titres des œuvres : Joie, force et volonté (marbre – 1,80 mètre) et L’Ange Dylan (bronze patiné – 70 cm).

Samedi 19 juin, de 14 heures à 19 heures
Atelier La Briqueterie (dernière porte du hangar à gauche)
54, avenue d’Ox
31600 Muret
Tél. : 06 67 16 63 17

Stand-by

Stand-by

Depuis quelques mois déjà, je ne fais rien d’autre qu’enlever des morceaux de marbre à un bloc qui mesurait initialement deux mètres de hauteur et pesait plus d’une tonne. La semaine dernière nous avons amené à la déchèterie une demi-tonne de gravats et de poussière, qui s’accumulaient dans des sacs spéciaux pour la construction.

Je sais, l’anglais dérange certaines personnes. Pourquoi on n’utilise pas des mots en français ? On est en France, n’est-ce pas ? Mais parfois on cède à l’anglais, tant il est partout. Challenge au lieu de défi, wifi au lieu de fidélité sans fil, ou fifi, dans la même logique ; parking au lieu de parc de stationnement (bien que « parking » en anglais provienne du mot français parc)… bref, je laisse le titre Stand-by au lieu de « en suspens, à l’arrêt, en veilleuse », d’après Le Robert, pour garder un ton de start-up.

Je parle de cette période étrange, « inédite » comme on a entendu à la radio des millions de fois, surtout au début, pour faire référence encore une fois à la Covid (de nouveau l’anglais ! On dit « la » Covid parce que la traduction de cet acronyme anglais est la « maladie du coronavirus »). Une période en suspens, à l’arrêt… en veilleuse.

Dans un autre article (on pourra cliquer ici pour y aller quand il sera écrit), je parlerai des événements artistiques de notre atelier dans cette période : le fait d’être sélectionné pour le Salon des Artistes Français (https://www.artistes-francais.com/fichiers/file/salon2021/catalogues/sculpture.pdf) dont l’exposition au Grand-Palais a été annulée à cause de la…, l’inauguration du monument à la mémoire de Charles de Gaulle, celle du monument de Simone Veil, la publication du futur recueil de nouvelles d’Auzas dans lequel nous participons, l’apparition inattendue de la sculpture de la Pharaonne au Père-Lachaise, etc.

Les magasins de produits non essentiels sont fermés (les librairies y ont échappé cette fois). Les entreprises fonctionnent à distance. C’est l’époque du télétravail, le travail à distance (pas le travail devant la télé, quoique). Quand je sors de notre atelier, de la Briqueterie, je me retrouve dans un monde étrange, sans cafés, sans restaurants, habité par des gens qui cachent leur bouche. Je devrais être habitué à cette vue futuriste, mais étant donné que je ne sors presque jamais – et je parle seulement pour moi, car la Poétesse sort tous les jours avec Isis pour se changer les idées -, je n’arrive pas à enregistrer dans ma tête notre nouvelle forme de vie en société.

Pour moi, c’était l’occasion de me consacrer entièrement à mon bloc de marbre. Le bloc a disparu ; il est devenu une « sculpture ». Pas encore finie, mais elle prend déjà une forme de mouvement interne. Elle commence à occuper l’espace, à émaner une espèce de présence, à être là, à avoir un « moi » . C’est l’étape que j’apprécie infiniment, celle où je frappe le marbre en évitant de faire du mal à l’être qui commence à se manifester. J’enlève des morceaux de plus en plus petits, car je suis tout près de sa peau. Je finirai dans quelques semaines par enlever juste de la poussière. C’est cela la taille directe : on se confronte à une pierre, à un marbre, pour aller chercher dans ses entrailles l’être qui somnole à l’intérieur depuis des millions d’années. Ou, plutôt, le sculpteur découvre dans une matière vieille de quelques millions d’années un être qui vient d’arriver à l’existence il y a à peine moins de deux décennies pour à son tour rester des siècles, peut-être des millénaires, dans sa nouvelle essence.

Je suis confiné. Je suis un artiste-confiné, un confit de sculpteur, depuis longtemps, depuis que j’ai découvert la seule solution pour moi pour ne pas me diluer dans le néant, celle d’étudier la matière, de former un ensemble avec elle, de m’attacher aux molécules, de garder une ancre sur Terre.

En attendant de voir notre société sortir de cet état de suspens, je continue à enlever du marbre. On fera la fête quand on pourra de nouveau s’asseoir aux cafés et partager avec d’autres humains notre passage matériel sur cette belle planète. Mais je continuerai à exister dans la poussière.

Dylan, toujours se dépasser

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