Liberté d’expression, encore une fois

Liberté d’expression, encore une fois

Salman Rushdie est un symbole, mais il est surtout un grand écrivain. Il y a des années, j’avais réalisé ce buste pour m’approprier en quelque sorte son expression à la fois distante et amicale, celle de quelqu’un qui observe le monde avec détachement, peut-être à cause des barrières imposées par les circonstances, tout en essayant de rester optimiste, presque souriant. Pourtant son monde physique s’était réduit à une espèce de clandestinité depuis qu’un personnage religieux extrémiste avait utilisé la littérature comme prétexte pour défier l’Occident. L’affaire avait attiré l’attention du monde entier. Nous découvrions à peine l’islamisme radical qui de temps en temps montre son visage monstrueux dans les attentats lâches et absurdes qui caractérisent le terrorisme. Nous avions oublié le danger que cet écrivain encourait tous les jours. 

Hier, trente-trois ans plus tard, il a été poignardé ; la liberté d’expression acquise dans nos sociétés démocratiques a été de nouveau attaquée. Les fanatiques n’aiment pas l’art, ce domaine de tous les possibles qui permet aux humains d’avancer en créant une zone à part, un terrain de jeu, la fiction. Le fanatisme, né de l’ignorance, a peur de cette zone de l’esprit. Leur seule arme, semer la terreur en s’attaquant au corps, à la matière qui permet l’existence de l’esprit.

L’argile redonne corps à ce symbole de liberté. Je vais l’utiliser comme base pour une nouvelle sculpture, en marbre cette fois.

Inauguration du buste de Charb dans la région parisienne

Inauguration du buste de Charb dans la région parisienne

Buste hommage à Charb par Lartigue
« Et c’est justement notre ville, (…) qui a été choisie par la famille de Charb et l’association Cuba Si France pour offrir le buste original de Charb à Pierre Laurent, gage de l’engagement du PCF aux côtés de ces amis de Charlie-Hebdo. De ce dessinateur dont le crayon militait pour le bonheur de l’humanité, contre le racisme, contre le sexisme, contre l’homophobie, contre tous les intégristes ! C’est un honneur qui est fait à notre ville. Et je vous invite le vendredi 7 avril à venir le partager au théâtre Paul-Eluard à 18h30″
(Extrait du blog du maire de Bezons, Dominique Lesparre. Pour le lire, cliquez ici).

https://dominiquelesparre.com/2017/03/27/a-bezons-hommage-a-charb-dessinateur-engage-et-enrage/

Ma fille Anaéli sera présente à la cérémonie en hommage à Charb. Elle apportera le texte suivant :

Hommage rendu à Charb (Bezons, le vendredi 7 avril 2017)

Je voudrais tout d’abord remercier Cuba Si France de m’avoir permis de participer à cet hommage rendu à Charb.

Après les événements, je me suis lancé dans la réalisation des bustes des caricaturistes assassinés: Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, de l’économiste Bernard Maris et de la psychanalyste Elsa Cayat.

Non pas pour les considérer comme des victimes – des victimes, malheureusement, il y en aurait plus tard des centaines d’autres – mais comme des soldats qui luttaient pour nous, pour le droit à défendre l’esprit critique.

Un jour, j’ai eu une image : la liberté d’expression pouvait être vue comme un territoire ou un pays, à l’intérieur duquel les citoyens évoluent. Plus le territoire est grand, plus les possibilités pour tout un chacun de penser, de parler, de jouir de cette liberté sont importantes. Aux frontières, loin de nous, des soldats veillent et nous protègent. Pour que notre territoire reste le plus étendu possible, ils repoussent le plus loin possible les limites de la liberté d’expression. Artistes, penseurs, dessinateurs de presse, ces soldats sont toutes les femmes et tous les hommes qui agissent pour que l’ensemble de la société puisse bénéficier de la plus large liberté possible.

Si nous cédons à la peur en décidant d’abandonner ne serait-ce qu’une petite partie de ce territoire aux extrémistes, c’est la bataille qui est irrémédiablement perdue.

À la veille d’élections où plusieurs candidats jouent sur les peurs, je suis heureux, ce soir, de pouvoir rendre cet hommage à Charb, dont l’humour et la sincérité nous signalaient les dangers des dérives communautaires et religieuses radicales, sans pour autant nous rendre peureux, au contraire.

Le rire fait de nous des êtres plus forts.
Les nouvelles générations ont le droit de vivre sans peur.

Gérard Lartigue, artiste sculpteur

 

Après la cérémonie :

Le Parisien  :

« Ils refusent de le laisser tomber dans l’oubli. Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb, continue de les habiter. Ce vendredi soir, au théâtre Paul Eluard de Bezons, ils ont rendu hommage au rédacteur en chef de Charlie Hebdo, tué en janvier 2015. A droite de la pièce, sous un drapeau cubain, Charly, président de l’association Cuba Si France, à laquelle était «attachée Charb», indique-t-il, dévoile un buste couleur grise, représentant le dessinateur, réalisé par le sculpteur Gérard Lartigue… »

L’Humanité :

« En septembre 2015, à la Fête de l’Humanité, le sculpteur Gérard Lartigue avait exposé, au stand de Cuba Si, les bustes en terre cuite des dessinateurs de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015. Vendredi 7 avril, l’association Cuba Si, que soutenait activement Charb, a offert le buste du caricaturiste aux communistes du Val d’Oise, au théâtre Paul Eluard de Bezons, en présence de la famille de Charb, du maire communiste de la ville, Dominique Lesparre, du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, et de Marika Bret et Gérard Biard, de Charlie Hebdo… »

 

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