Prix de sculpture, de l’Académie du Languedoc

Prix de sculpture, de l’Académie du Languedoc

J’ai eu l’honneur de recevoir de la part de l’Académie du Languedoc le prix de sculpture. Je publie ici, dans mon journal de sculpteur, le discours prononcé à cette occasion. C’est une de ces journées qui marquent le chemin d’un artiste. 

 

Je suis conscient que j’ai abandonné l’écriture de ce journal, que je reprends aujourd’hui. La tâche est lourde, car plusieurs événements importants ont eu lieu. Commençons par ce prix qui marque symboliquement un quart de siècle passé dans la région toulousaine. Une reconnaissance qui ouvrira, comme je le dis dans le discours, des possibilités de créer des œuvres pour la région Occitanie. 

 

Prix Georges Guiraud 

 

Pour un sculpteur de mon genre, c’est à dire un peu ermite, c’est étrange de se trouver devant plus de 150 personnes pour recevoir un prix d’une institution si prestigieuse, l’Académie du Languedoc.  

La vie d’artiste comporte une bonne dose de risques, c’est un cliché. Mais on parle moins de la récompense qui vient avec le fait d’avoir choisi un chemin compliqué. C’est une sorte de satisfaction, celle que l’on ressent quand on arrive à se construire et puis à se dépasser. À force d’essayer, de chercher, d’expérimenter, de trouver, on arrive un jour à se rendre compte que ce n’était pas en vain. L’oeuvre est là, détachée de nous, elle prend sa place dans le monde.

 

La reconnaissance sociale fait partie de cette récompense. Ce n’est pas une chose que l’on cherche ou que l’on attend, mais quand elle arrive, elle est bienvenue parce qu’elle permet d’ouvrir des portes vers de nouveaux projets. Car c’est ça au fond l’envie profonde des artistes, créer le plus possible.

 

Ce prix Georges Guiraud, que j’ai l’honneur de recevoir ce soir, et qui est très significatif pour moi, symbolise une nouvelle clef magique qui ouvrira des portes vers de nouvelles créations. Il couronne un chemin que j’ai emprunté il y’a 15 ans, celui de la sculpture (avant j’étais peintre, j’avais mon petit atelier à côté de la Daurade). Il récompense une œuvre réalisée en couple. Rien de tout ce que j’ai créé n’aurait été possible sans la présence de Juliette Marne, poétesse et muse, écrivaine et PDG de notre atelier de création.

 

Actuellement nous réalisons une deuxième œuvre pour le Père-Lachaise. La première est déjà installée. Elle se trouve dans le carré romantique, La Pharaonne, une femme en marbre d’un mètre 80. Cette fois, Il s’agit de deux sculptures qui seront placées sur un monument de 40 tonnes de marbre de Carrare pour honorer la vie d’un homme qui est parti de rien et qui a fondé une entreprise, de 3000 salariés aujourd’hui… il s’agit de quelqu’un qui a su prendre des risques, qui s’est construit et qui a su se dépasser.

 

L’autre réalisation que nous sommes en train d’accomplir est une sculpture pour le Parlement d’un pays européen, celle d’un homme politique, lui aussi parti de rien pour arriver à la tête d’un gouvernement. Nous en parlerons après l’inauguration, au printemps prochain.

 

Pour finir, quelques mots sur les deux bustes que nous avons apportés. Pourquoi ces deux œuvres d’époques si différentes ? Deux monstres sacrés de la littérature.

Houellebecq. Quoi que l’on pense de lui, on ne peut pas nier sa capacité d’incarner les maux de notre société. C’est l’écrivain français le plus lu au monde. Pour moi, en tant que sculpteur, son visage représente la décadence que l’humanité est en train de traverser. Rien qu’à voir son expression, on ressent tout le poids qu’implique le fait d’être le témoin lucide d’une société en manque de sens.

 

Victor Hugo, parce qu’il représente pour nous, outre le fait d’occuper une place centrale dans la littérature, un lien avec le patrimoine. C’est lui qui a sauvé Notre-Dame ! Pour la petite histoire : le hasard veut que ce buste, que je venais de réaliser avant l’incendie de Notre-Dame, se trouvait à la fonderie sous les flammes lors de son passage au bronze, en même temps que les pompiers étaient en train d’éteindre l’incendie de la cathédrale.

 

Merci au Dr. Jean-François Gourdou et à l’académie du Languedoc pour leur intérêt porté à notre travail. De notre côté, nous nous engageons à participer à la création du patrimoine de demain de notre région, de notre pays, et pourquoi pas, de l’Europe.

Nos visages sculptés par le temps. Houellebecq (1)

Nos visages sculptés par le temps. Houellebecq (1)

Quand on travaille pendant des jours et des jours « le nez dans le guidon » sur une pièce, on finit par fabriquer mentalement une image de la pièce. A la fin, on la voit « parfaite ». L’artiste ne se rend pas compte qu’une partie importante de l’œuvre a été fabriquée dans son cerveau. Il perçoit la sculpture qu’il imagine avoir créée, mais il suffit de ne plus l’observer pendant quelque temps pour qu’elle apparaisse devant lui avec tous ses défauts bien évidents. Une méthode pour casser cette fabrication artificielle dans notre esprit est de regarder l’œuvre sur un miroir (inverser l’image) ou sur un petit écran (changer le format). Notre cerveau n’a alors pas le temps de recréer l’image fausse. Il est obligé d’accepter le fait que la sculpture ne correspond pas à ce qu’il s’était forcé à croire.

Dans le buste que j’ai réalisé de Michel Houellebecq, on peut découvrir la force du visage sincère d’un homme qui qui a pris sur lui la décadence de notre société. Il l’a intégrée dans sa propre chair. Je ne me vante pas d’avoir créé un buste avec une certaine personnalité. C’est Houellebecq qui a « sculpté » ce visage, pas moi. Et il est magnifique. Je ne suis qu’un interprète. J’essaie d’attraper la beauté là où elle se trouve déjà. J’insiste souvent sur l’importance du travail du modèle. Si son visage dégage une force particulière, c’est non seulement l’œuvre de la nature, mais aussi celle de la personne qui a accumulé des expériences marquantes (c’est le cas de le dire). Les traces de leur vécu sont visibles. J’en parlerai souvent. Pour lire un deuxième article sur Houellebecq, à propos de la couverture du livre d’Agathe Novak-Lechevalier, cliquez ici. 

Houellebecq et son buste réalisé par Gérard Lartigue. Photo de Sylvain Bourmeau avec son autorisation.

Houellebecq et son buste réalisé par Gérard Lartigue. Photo de Sylvain Bourmeau avec son autorisation.

L’ADN d’Emile Zola

L’ADN d’Emile Zola

Ce soir nous avons eu le plaisir de rencontrer Brigitte Émile-Zola, l’arrière-petite-fille de l’écrivain. Elle est venue présenter les livres où sont publiées les lettres que Zola a écrites à Jeanne Rozerot, la femme qu’il aimait, mère de ses deux enfants, et à son épouse Alexandrine, à l’époque de l’affaire Dreyfus. Plaisir parce que la vie de cet auteur dont j’ai toujours admiré le courage à défendre une cause difficile et dangereuse (ce qui semble l’avoir tué à la fin), à une époque où il aurait été plus facile de simplement laisser faire comme la plupart des gens, la vie donc de cet auteur si important dans l’histoire de la littérature, ou simplement dans l’Histoire tout court, est devenue plus proche, plus réelle. Le fait que son fils, Jacques Émile-Zola, soit l’homme qui a élevé la femme avec qui nous avons discuté, ramène dans le présent et dans notre univers actuel l’auteur qui jusqu’à hier était pour moi un personnage historique enfermé dans les livres.

 

 

J’ai réalisé le buste d’Émile Zola, destiné à faire partie de la collection du musée Zola, qui ouvrira en 2021. Notre époque a besoin de ce courage. Et d’une nouvelle confiance dans nos institutions.

Les deux ouvrages épistolaires ont été établis par Brigitte Émile-Zola et Alain Pagès, professeur de littérature à l’université de la Sorbonne-Nouvelle, et auteur de plusieurs ouvrages sur le grand écrivain.

La rencontre était organisée par le Prix du jeune Ecrivain.

Les nuages s’en vont toujours

Les nuages s’en vont toujours

Parfois quelqu’un qui passe à l’atelier peut apporter un message d’encouragement sincère, souvent de façon involontaire. On peut se trouver dans un moment de stress par rapport à la difficulté de trouver un chemin artistique plus précis, ou plus accessible, et un sourire ou une phrase, ou tout simplement le lueur d’un regard devant une sculpture  change la couleur du jour. Le ciel gris et lourd s’éloigne et tout se remet en marche.

Les artistes, même s’ils essayent de ne pas dépendre de l’avis du public, ont besoin parfois de trouver un reflet de leur intention (peu importe comment on appelle ce qu’ils cherchent à mettre dans leur travail), de trouver donc un reflet de leur intention dans la réaction des personnes qui regardent leurs oeuvres.

Ce matin c’était le cas. J’ai montré à une personne que j’apprécie le buste de l’Abbé Pierre. Le regard inerte de la sculpture a croisé celui de mon invité pendant une microseconde, comme s’il prenait vie.  On a discuté de ce blog et d’autres activités récentes dans l’atelier.

L’automne m’a semblé tout à coup une saison idéale pour créer.

25 OCTOBRE 2016

 

 

Une amie me rend visite

Une amie me rend visite

Une amie de l’époque où j’étais peintre me rend visite à mon atelier. On ne s’était pas vus depuis au moins cinq ans, je crois. Je ne suis pas sûr… ma conception du temps est assez défaillante… Elle et son mari, un ami aussi, apprécient ma peinture. Leur maison a une collection importante de mes toiles. Cette fois je lui montre mes oeuvres en trois dimensions et je réalise son portrait en argile.

Etude d’un visage aux yeux légèrement nostalgiques… La différence de la sculpture ou de la peinture sur la photo est ce long moment de pose nécessaire, qui permet à la personne de laisser entrer tout son univers, ses pensées, ses émotions, ses peurs…, tandis que la photo travaille sur l’instant.

Volume intéressant grâce à la masse des cheveux. Mouvement chaotique des mèches en contraste avec une expression contrôlée, douce et sereine.

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