Liberté d’expression, encore une fois

Liberté d’expression, encore une fois

Salman Rushdie est un symbole, mais il est surtout un grand écrivain. Il y a des années, j’avais réalisé ce buste pour m’approprier en quelque sorte son expression à la fois distante et amicale, celle de quelqu’un qui observe le monde avec détachement, peut-être à cause des barrières imposées par les circonstances, tout en essayant de rester optimiste, presque souriant. Pourtant son monde physique s’était réduit à une espèce de clandestinité depuis qu’un personnage religieux extrémiste avait utilisé la littérature comme prétexte pour défier l’Occident. L’affaire avait attiré l’attention du monde entier. Nous découvrions à peine l’islamisme radical qui de temps en temps montre son visage monstrueux dans les attentats lâches et absurdes qui caractérisent le terrorisme. Nous avions oublié le danger que cet écrivain encourait tous les jours. 

Hier, trente-trois ans plus tard, il a été poignardé ; la liberté d’expression acquise dans nos sociétés démocratiques a été de nouveau attaquée. Les fanatiques n’aiment pas l’art, ce domaine de tous les possibles qui permet aux humains d’avancer en créant une zone à part, un terrain de jeu, la fiction. Le fanatisme, né de l’ignorance, a peur de cette zone de l’esprit. Leur seule arme, semer la terreur en s’attaquant au corps, à la matière qui permet l’existence de l’esprit.

L’argile redonne corps à ce symbole de liberté. Je vais l’utiliser comme base pour une nouvelle sculpture, en marbre cette fois.

Buste d’Elio Di Rupo, président de la Wallonie et ancien Premier ministre belge

Buste d’Elio Di Rupo, président de la Wallonie et ancien Premier ministre belge

La Belgique a une tradition particulière, celle de laisser une trace de tous les Premiers ministres en faisant appel à un sculpteur. De ce fait, elle octroie à l’art une place importante dans la transmission de la mémoire, comme l’humanité l’a fait depuis la nuit des temps.

Inutile de dire que pour nous c’est un immense honneur de participer à cette tradition par la réalisation du buste d’Elio Di Rupo, et d’incarner ainsi l’essence d’un homme qui croit fermement à l’émancipation des êtres humains.

L’ancien Premier ministre est un fervent défenseur de l’Europe ; nous avons donc été invités en tant qu’artistes européens.

Pour un sculpteur, il est toujours très important de travailler d’après son modèle en direct. Nous avons eu la chance de compter deux fois sur la présence de Monsieur Di Rupo à notre atelier, une première fois pour que je puisse réaliser les volumes, la pose, et l’ébauche de ses traits, et une deuxième fois pour la finition, afin de capter les nuances de son expression. Nous le remercions pour sa confiance dans notre travail créatif et pour son effort de venir à Muret, ce qui nous a permis de mieux le connaître et de passer un bon moment avec lui, autour d’un repas confectionné par nous-mêmes, accompagné d’un vin de notre caviste Laurent (Ma Petite Cave).

© Inge Verhelst / La Chambre (Parlement belge) (les 8 images ci-dessous)

Je parle toujours au nom de Juliette et moi, car comme l’a très bien dit la Présidente de la Chambre des représentants, Mme Eliane Tillieux, nous formons un ensemble : « Notre gratitude va dès lors au tandem que forment Gérard Lartigue et sa compagne Juliette Marne. A deux, ils ont parfaitement mené à bien le projet… », a-t-elle indiqué dans son discours avant de dévoiler l’œuvre. Je tiens à mon tour à remercier Mme Eliane Tillieux pour son chaleureux accueil, pour ses mots de reconnaissance, et pour l’importance qu’elle réserve à l’art dans le domaine de la vie politique.

Je dois raconter une petite anecdote à propos de mon discours :

La veille j’avais préparé quelques lignes pour parler du buste. J’avais mis au centre de mon discours une description de l’œuvre que nous avions partagée avec le parlement belge dans nos échanges par mail. Quelques minutes avant mon intervention, la Présidente s’est dirigée à moi après avoir parlé longtemps de l’ancien Premier ministre, de sa vie difficile et de ses succès à force de constance et d’effort, et elle m’a présenté avec des mots élogieux et… elle a eu l’amabilité de citer mes mots, les mots que je m’apprêtais à inclure dans mon micro-discours. J’étais à la fois flatté de constater la place que la Présidente donne aux artistes, et paniqué de savoir que j’allais devoir improviser. Mon cerveau était devenu un espace vide. Je me voyais déjà devant l’assemblée (c’est le cas de le dire), complètement tétanisé, cauchemar typique, celui de se trouver devant un public sans savoir pourquoi. Il paraît que je m’en suis sorti à peu près. Les gens ont dû se dire que je parle mieux avec mes mains (comme l’a dit, d’ailleurs, Mme Eliane Tillieux) et que mon discours n’était qu’un simple geste pour remercier les personnes présentes. 

Voici l’extrait cité par la Présidente de la chambre :

« Elio Di Rupo est venu poser deux fois à Muret. Cela a permis aux deux hommes d’établir une relation plus approfondie et à l’artiste de le capter en tant qu’être humain, avec empathie, acuité et émotion. Voici ce que l’artiste dit de ce buste :

Le modèle est droit, mais pas rigide. Son expression est détendue avec un brin d’amusement, car on apprécie aujourd’hui une politique accessible, dynamique, qui se prête à l’empathie. Les lunettes ne posent aucun obstacle entre le spectateur et l’œuvre : elles sont à peine suggérées. De cette façon, son regard est plus direct. L’idée de la main dans cette posture est de montrer un geste de générosité, dans un mouvement de don de soi-même, tout en essayant de garder une espèce d’exemplarité dans l’honnêteté et l’écoute. Au fond, nous cherchons à donner de la politique l’image d’une force exemplaire et de grand engagement. L’autorité doit reprendre sa place, dans une nouvelle relation avec la société, teintée de franchise, de spontanéité et d’une certaine légèreté, tout en gardant le sens de la détermination nécessaire pour prendre de grandes décisions.

Depuis le modèle en terre glaise, en passant par le modèle en cire et finalement l’œuvre en bronze, réalisée à la fonderie des Cyclopes à Mérignac, la commission d’accompagnement de la Chambre, composée de Mmes Lanjri et Jadin, n’a pu que se féliciter de la réussite de chacune des étapes de la réalisation de ce buste. Tout était juste du premier coup. »

Cliquez sur l’image pour voir la vidéo de l’inauguration :

Avant l’inauguration, nous avons parcouru de nombreux couloirs habités par des dizaines de bustes des personnages qui ont eu un rôle important dans l’histoire de la Belgique.

J’utilise le mot « habités » dans tous les sens du terme : les œuvres que Mme Sophie Wittemans nous a fait découvrir nous ont surpris par une qualité artistique rare, celle de la « présence ». La grande connaissance, accompagnée de simplicité et de générosité, de la Conservatrice du Palais de la Nation, nous a donné une vision générale de la collection d’art du parlement belge. L’œuvre des sculpteurs, parmi lesquels on trouve Égide Rombaux, Godefroid Devreese, Arthur Dupagne et même le Français François Rude, qui a réalisé le buste de Guillaume Ier, et des peintres (j’ai admiré en particulier un petit tableau de James Ensor, peintre qui a inspiré, soi dit en passant, feu le chanteur Arno, né à Ostende comme lui – je parlerai dans un autre article de notre soirée à la Grand Place de Bruxelles partageant avec les gens un concert du chanteur qui venait de partir), l’œuvre donc des sculpteurs et des peintres donne vie à ces espaces chargés de mémoire.

La vie est une série d’enchaînements étranges et inattendus : un jour nous recevons la commande du buste de l’ancien recteur de l’Université de Mons, Jacques Franeau, par son petit-fils, Gaspard Franeau. Lors du vernissage en 2018, Monsieur Di Rupo, en tant que bourgmestre de Mons, fait un discours où il décrit l’influence bénéfique que l’ancien professeur de physique a eue dans sa vie. Son soutien lui a permis d’avancer dans ses projets politiques. Quelques années plus tard, c’est au tour de l’ancien Premier ministre d’offrir ses traits, son expression, son regard comme inspiration pour les générations à venir. La réalisation de cette œuvre nous offre déjà des chemins riches d’un point de vue humain, par les rencontres, par la découverte d’une partie de la vie politique belge, par la participation, même si ce n’est qu’un grain de sable, à la création du patrimoine européen.

Séances de pose de l’ancien Premier ministre à notre atelier à Muret, au sud de Toulouse. Deux séances ont été nécessaires pour mieux appréhender la personnalité originale de Monsieur Di Rupo. Serein et élégant, il surprend par sa culture et son énergie, et par des mouvements de joie se superposant par instants à une fine discrétion

Prix de sculpture, de l’Académie du Languedoc

Prix de sculpture, de l’Académie du Languedoc

J’ai eu l’honneur de recevoir de la part de l’Académie du Languedoc le prix de sculpture. Je publie ici, dans mon journal de sculpteur, le discours prononcé à cette occasion. C’est une de ces journées qui marquent le chemin d’un artiste. 

 

Je suis conscient que j’ai abandonné l’écriture de ce journal, que je reprends aujourd’hui. La tâche est lourde, car plusieurs événements importants ont eu lieu. Commençons par ce prix qui marque symboliquement un quart de siècle passé dans la région toulousaine. Une reconnaissance qui ouvrira, comme je le dis dans le discours, des possibilités de créer des œuvres pour la région Occitanie. 

 

Prix Georges Guiraud 

 

Pour un sculpteur de mon genre, c’est à dire un peu ermite, c’est étrange de se trouver devant plus de 150 personnes pour recevoir un prix d’une institution si prestigieuse, l’Académie du Languedoc.  

La vie d’artiste comporte une bonne dose de risques, c’est un cliché. Mais on parle moins de la récompense qui vient avec le fait d’avoir choisi un chemin compliqué. C’est une sorte de satisfaction, celle que l’on ressent quand on arrive à se construire et puis à se dépasser. À force d’essayer, de chercher, d’expérimenter, de trouver, on arrive un jour à se rendre compte que ce n’était pas en vain. L’oeuvre est là, détachée de nous, elle prend sa place dans le monde.

 

La reconnaissance sociale fait partie de cette récompense. Ce n’est pas une chose que l’on cherche ou que l’on attend, mais quand elle arrive, elle est bienvenue parce qu’elle permet d’ouvrir des portes vers de nouveaux projets. Car c’est ça au fond l’envie profonde des artistes, créer le plus possible.

 

Ce prix Georges Guiraud, que j’ai l’honneur de recevoir ce soir, et qui est très significatif pour moi, symbolise une nouvelle clef magique qui ouvrira des portes vers de nouvelles créations. Il couronne un chemin que j’ai emprunté il y’a 15 ans, celui de la sculpture (avant j’étais peintre, j’avais mon petit atelier à côté de la Daurade). Il récompense une œuvre réalisée en couple. Rien de tout ce que j’ai créé n’aurait été possible sans la présence de Juliette Marne, poétesse et muse, écrivaine et PDG de notre atelier de création.

 

Actuellement nous réalisons une deuxième œuvre pour le Père-Lachaise. La première est déjà installée. Elle se trouve dans le carré romantique, La Pharaonne, une femme en marbre d’un mètre 80. Cette fois, Il s’agit de deux sculptures qui seront placées sur un monument de 40 tonnes de marbre de Carrare pour honorer la vie d’un homme qui est parti de rien et qui a fondé une entreprise, de 3000 salariés aujourd’hui… il s’agit de quelqu’un qui a su prendre des risques, qui s’est construit et qui a su se dépasser.

 

L’autre réalisation que nous sommes en train d’accomplir est une sculpture pour le Parlement d’un pays européen, celle d’un homme politique, lui aussi parti de rien pour arriver à la tête d’un gouvernement. Nous en parlerons après l’inauguration, au printemps prochain.

 

Pour finir, quelques mots sur les deux bustes que nous avons apportés. Pourquoi ces deux œuvres d’époques si différentes ? Deux monstres sacrés de la littérature.

Houellebecq. Quoi que l’on pense de lui, on ne peut pas nier sa capacité d’incarner les maux de notre société. C’est l’écrivain français le plus lu au monde. Pour moi, en tant que sculpteur, son visage représente la décadence que l’humanité est en train de traverser. Rien qu’à voir son expression, on ressent tout le poids qu’implique le fait d’être le témoin lucide d’une société en manque de sens.

 

Victor Hugo, parce qu’il représente pour nous, outre le fait d’occuper une place centrale dans la littérature, un lien avec le patrimoine. C’est lui qui a sauvé Notre-Dame ! Pour la petite histoire : le hasard veut que ce buste, que je venais de réaliser avant l’incendie de Notre-Dame, se trouvait à la fonderie sous les flammes lors de son passage au bronze, en même temps que les pompiers étaient en train d’éteindre l’incendie de la cathédrale.

 

Merci au Dr. Jean-François Gourdou et à l’académie du Languedoc pour leur intérêt porté à notre travail. De notre côté, nous nous engageons à participer à la création du patrimoine de demain de notre région, de notre pays, et pourquoi pas, de l’Europe.

Nos visages sculptés par le temps. Houellebecq (1)

Nos visages sculptés par le temps. Houellebecq (1)

Quand on travaille pendant des jours et des jours « le nez dans le guidon » sur une pièce, on finit par fabriquer mentalement une image de la pièce. A la fin, on la voit « parfaite ». L’artiste ne se rend pas compte qu’une partie importante de l’œuvre a été fabriquée dans son cerveau. Il perçoit la sculpture qu’il imagine avoir créée, mais il suffit de ne plus l’observer pendant quelque temps pour qu’elle apparaisse devant lui avec tous ses défauts bien évidents. Une méthode pour casser cette fabrication artificielle dans notre esprit est de regarder l’œuvre sur un miroir (inverser l’image) ou sur un petit écran (changer le format). Notre cerveau n’a alors pas le temps de recréer l’image fausse. Il est obligé d’accepter le fait que la sculpture ne correspond pas à ce qu’il s’était forcé à croire.

Dans le buste que j’ai réalisé de Michel Houellebecq, on peut découvrir la force du visage sincère d’un homme qui qui a pris sur lui la décadence de notre société. Il l’a intégrée dans sa propre chair. Je ne me vante pas d’avoir créé un buste avec une certaine personnalité. C’est Houellebecq qui a « sculpté » ce visage, pas moi. Et il est magnifique. Je ne suis qu’un interprète. J’essaie d’attraper la beauté là où elle se trouve déjà. J’insiste souvent sur l’importance du travail du modèle. Si son visage dégage une force particulière, c’est non seulement l’œuvre de la nature, mais aussi celle de la personne qui a accumulé des expériences marquantes (c’est le cas de le dire). Les traces de leur vécu sont visibles. J’en parlerai souvent. Pour lire un deuxième article sur Houellebecq, à propos de la couverture du livre d’Agathe Novak-Lechevalier, cliquez ici. 

Houellebecq et son buste réalisé par Gérard Lartigue. Photo de Sylvain Bourmeau avec son autorisation.

Houellebecq et son buste réalisé par Gérard Lartigue. Photo de Sylvain Bourmeau avec son autorisation.

La construction d’une amitié par le marbre

Plus d’un an ponctué de voyages entre Paris et Toulouse pour bien percer le mystère d’un visage. Figer dans le marbre une espèce de synthèse de la présence d’une personne est tout un défi. Les discussions qui ont enrichi les moments de convivialité pendant cette période, toujours autour de la création et de l’existence en général, nous ont permis de mieux cerner la personnalité originale et intéressante de Jean-Marc. Une bienveillance mêlée à un regard observateur et critique, avec un fond d’optimisme caché ont été quelques ingrédients pour réaliser cette œuvre. Le marbre exige un travail lent et minutieux, ce qui ouvre la voie à une observation longue et détaillée, une réflexion sur chaque ombre créée, sur chaque trait taillé, poussière par poussière. J’exagère, peut-être, mais je crois vraiment que la sculpture sur marbre donne une définition de pixels de très haute résolution, si on fait une métaphore numérique. Un écran ne peut donner qu’une idée approximative de la richesse de textures et des traces infiniment petites qui donnent vie à la pierre.

Nous souhaitons partager avec ceux qui suivent nos activités artistiques une courte vidéo de ce buste en marbre de Saint-Pons-de-Thomières, pierre française d’une beauté de nuances impressionnante. L’œuvre a trouvé sa place chez ce collectionneur éclectique de Paris.

Comment trouver des modèles ? Question que les artistes se posent pendant le confinement.

Comment trouver des modèles ? Question que les artistes se posent pendant le confinement.

Je lis ces jours-ci un livre sur les cours de sculpture donnés par Antoine Bourdelle au début du XXème siècle. Il parle souvent de cette idée chère à Rodin de vérité. Pour qu’une oeuvre soit vivante, il faut qu’elle soit vraie, qu’elle suive les lois de la nature, qu’elle nous amène aux secrets de nous-mêmes, à l’harmonie de l’univers. Je le dis avec mes mots, mais c’est ce que j’interprète des leçons de Bourdelle, qui s’inspire à son tour de celles de Rodin, qui à son tour…

L’art ne doit pas copier la réalité. C’est plutôt une recherche intellectuelle et spirituelle autour de notre perception et de notre rapport à la matière. Il nous faut analyser ce que nous percevons avec nos yeux et notre toucher, tout en écoutant les vibrations dans l’air, sans oublier les parfums et le goût que la matière peut dégager. Sans inventer. Sans tricher. Sans interpréter. Cette vérité ne dépend pas du goût personnel, ni de son propre avis sur un sujet… elle est là, dans la nature, dans les corps, dans les visages, dans la chair d’une pomme ou dans les formes d’un nuage. Il faut l’étudier. Essayer de la comprendre. Pas avec notre intellect, mais avec tout notre être.

Il faut donc travailler avec des modèles. Cela peut aller de la nature morte aux modèles vivants, en passant par les paysages.

C’est là que la question du titre se pose. Comment faire pendant ce temps de confinement ?

Pour l’instant, j’ai trouvé deux modèles humains et un canidé. Ma muse, notre chienne et moi-même. J’ai pris un marbre de Saint-Pons-de-Thomières, d’un rouge bordeaux impressionnant, pour réaliser un bas-relief de la Poétesse (les photos de ce marbre, dans un prochain article), et une pierre d’Arudy, d’un gris-vert tacheté de blanc, offerte par Jean-Jacques Abdallah lors de la démonstration de sculpture que j’ai faite à Saint-Béat l’été dernier.

Sculpter ma muse m’arrive souvent, mais faire un autoportrait, c’est plus rare. C’est un exercice étrange. Etant donné que je ne m’observe presque jamais dans un miroir, j’ai une image de mon physique qui colle plus avec l’idée que je me fais de ma personne dans le passé. Au moment de me sculpter, je m’observe sur le miroir, sur les photos que je me prends de profil et de trois quarts et je découvre un homme différent. Mes mains insistent à décrire sur le marbre les traits de celui dont je me souviens, quand ma tendance d’étudier mon reflet dans la glace était plus marquée. Le mélange est perturbant pour moi. Je me vois concentré (on dirait énervé, comme ma fille me dit parfois) et avec une expression des yeux un peu absente.

« Tes yeux reflètent la lumière de façon étrange, le regard voyant à la fois dedans et au-delà de la personne. Ce n’est pas que tu sois absent, au contraire ta présence est toujours très forte, même (et surtout) quand tu es en silence. Je crois que nous communiquons par la pensée. Sur ton portrait, je ne sais comment tu as fait mais tu as réussi à rendre cette qualité de regard », me dit la Poétesse.

(Je reprends le clavier)

La forme. On ne sait toujours pas ce que la forme a d’important. Il y a des théories qui suggèrent que la vie dépend de la forme : c’est grâce à celle-ci que notre essence s’exprime.

Le confinement nous permet de reposer nos sens. Moins de bombardement de l’extérieur. Nos yeux se tournent vers l’intérieur. De nouvelles questions apparaissent et des réponses se font évidentes. Un changement dans notre mode de vie s’impose. C’est une période de remise en question.

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