La construction d’une amitié par le marbre

Plus d’un an ponctué de voyages entre Paris et Toulouse pour bien percer le mystère d’un visage. Figer dans le marbre une espèce de synthèse de la présence d’une personne est tout un défi. Les discussions qui ont enrichi les moments de convivialité pendant cette période, toujours autour de la création et de l’existence en général, nous ont permis de mieux cerner la personnalité originale et intéressante de Jean-Marc. Une bienveillance mêlée à un regard observateur et critique, avec un fond d’optimisme caché ont été quelques ingrédients pour réaliser cette œuvre. Le marbre exige un travail lent et minutieux, ce qui ouvre la voie à une observation longue et détaillée, une réflexion sur chaque ombre créée, sur chaque trait taillé, poussière par poussière. J’exagère, peut-être, mais je crois vraiment que la sculpture sur marbre donne une définition de pixels de très haute résolution, si on fait une métaphore numérique. Un écran ne peut donner qu’une idée approximative de la richesse de textures et des traces infiniment petites qui donnent vie à la pierre.

Nous souhaitons partager avec ceux qui suivent nos activités artistiques une courte vidéo de ce buste en marbre de Saint-Pons-de-Thomières, pierre française d’une beauté de nuances impressionnante. L’œuvre a trouvé sa place chez ce collectionneur éclectique de Paris.

Plus d’un siècle d’histoire de deux bâtiments industriels français  (Muret et Saint-Paul-lès-Dax)

Plus d’un siècle d’histoire de deux bâtiments industriels français (Muret et Saint-Paul-lès-Dax)

Photo partagée par Bernard Rondé-Oustau. Nous le remercions de nous avoir donné l’autorisation de la publier sur mon blog.

L’histoire d’un bâtiment, l’histoire du travail de plusieurs générations, la vie d’un organisme construit de briques, de poutres, de fer, dont le cœur tourne grâce à la force d’une rivière, dont le feu réchauffe le cœur, et qui respire de la fumée de sa grande cheminée. Il se nourrit de charbon et de marne (argile), et il crache des briques. Cet organisme construit à la fin du XIXe siècle est toujours debout. Un incendie a détruit cet être fabuleux, en 1957. Il ne lui restait que la peau et les os. De ses cendres, le phoenix s’est relevé. Ses murs sont de nouveau solides. Son toit a été reconstruit, et aujourd’hui il donne vie à de nouvelles activités : le cirque, le sport, la musique, la littérature et la sculpture. 
Cette histoire a été racontée par Bernard Rondé-Oustau, arrière-petit-fils d’un des fondateurs de la briqueterie, lors d’une conférence organisée par la Société du Patrimoine du Muretain. Avec son style à la fois élégant et cordial, Bernard nous a fait découvrir la saga des familles Rondé, Oustau et plus tard, Rondé-Oustau. 


Des fibres profondes dans mon inconscient réagissaient devant les images de ce beau bâtiment construit il y a plus d’un siècle. J’imaginais les ouvriers acharnés à le faire vivre, les dirigeants actifs mettant en œuvre leurs ressources d’imagination et leur volonté de fer pour ne jamais permettre à la machinerie de s’arrêter. Les enjeux d’une telle entreprise… J’ai pensé à ce que mes aïeux avaient construit à Saint-Paul-lès-Dax. Une énorme minoterie avec son moulin, son lac et son canal : « La famille Lartigue devient le maître des lieux et s’impose pendant plus d’une centaine d’années comme artisan du renouveau du moulin de Poustagnac. C’est une véritable dynastie qui s’est installée là. » On fabriquait la farine pour la consommation de la région, et un bon fromage, le fromage de Poustagnac. Aujourd’hui elle n’est plus active. Un restaurant moderne s’y est installé, avec une belle terrasse face au lac (cliquez pour voir la vidéo).


La demeure de mes aïeux dans les Landes

Peut-être le coup de foudre pour la briqueterie quand nous l’avons découverte à Muret il y a sept ans vient-il de cette mémoire familiale, inscrite dans mon ADN comme on dirait aujourd’hui. Nous espérons redonner vie avec nos œuvres à ce beau bâtiment. Nous serons toujours redevables à la famille Rondé-Oustau de nous avoir donné l’opportunité d’exercer notre activité artistique en nous accueillant sur son domaine. A notre arrivée, nous avons sans le savoir installé notre four (le Dragon) à la même place où se tenait le four de la forge. Le feu est de nouveau essentiel pour la fabrication, cette fois ce sont des sculptures. Nous avons passé des semaines à isoler les murs et le plafond contre le froid, à remettre en état les portes, les fenêtres… Dans l’espace de travail de la pierre, nous avons remis en service l’immense pont roulant, qui sert aujourd’hui à déplacer les marbres et les pierres calcaires.


La lumière inonde de nouveau l’intérieur du bâtiment. Le matin on entend les oiseaux. La vue sur les arbres, le calme de ce coin au milieu de la nature, l’immensité de cet espace, le murmure de la rivière, tout est idéal pour que la Poétesse puisse entrer dans son univers de mots et moi, dans celui des formes.                                                                                                                                        
Nous avons bien profité des derniers moments de cet hiver de vie sociale autorisée pour assister à la conférence de Bernard Rondé-Oustau. 

Dans la briqueterie Rondé-Oustau, l’atelier de pierre


Inauguration école Simone Veil : témoignage de Daniel Spagnou, maire de Sisteron

Inauguration école Simone Veil : témoignage de Daniel Spagnou, maire de Sisteron

Au salon des maires, dont je parlerai dans un prochain article, nous avons eu le plaisir de revoir Daniel Spagnou. Je partage son témoignage autour du médaillon de Simone Veil que nous avons réalisé pour une école de sa ville.

Christophe Castaner et Daniel Spagnou

Nous avons choisi de baptiser notre école primaire Simone Veil, en hommage à cette grande dame qui a fait notre Histoire.
Nous avons fait appel à Gérard Lartigue pour créer un médaillon qui serait installé sur la façade de l’école. Destiné à être vu d’en bas, il a été réalisé en tenant compte de la hauteur du regard. Le travail a été rapidement effectué et l’œuvre livrée soigneusement emballée. 
Le médaillon a été très apprécié lors de l’inauguration. Ce bas-reliefapporte vie et beauté à l’école. Une trace artistique reste là pour les générations futures.
Surtout, l’artiste a su retranscrire la personnalité préférée des Français à la tenue impeccable et au regard éblouissant. Christophe Castaner, présent pour l’inauguration (alors Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement), a fait part de son appréciation de l’œuvre.
Cette œuvre d’art exprime ce que fut Simone Veil, à savoir dignité, droiture et courage, c’est-à-dire le meilleur de la France.
Nous avons apprécié l’excellent travail fourni par Gérard Lartigue, et sommes satisfaits d’avoir placé en lui notre confiance. 

Monument « La Noblesse dans le cœur » ​dédié à Jean d’Ormesson Bouches-du-Rhône, 2018

Monument « La Noblesse dans le cœur » ​dédié à Jean d’Ormesson Bouches-du-Rhône, 2018

Témoignage de Laurent Marie, ​Directeur général des services, mairie de Ceyreste :

PhotoFrançoise d’Ormesson, Patrick Ghigonetto (maire de Ceyreste), Juliette Marne, Héloïse d’Ormesson et Gérard Lartigue

​« Notre école primaire en construction allait être la première en France à être baptisée Jean d’Ormesson. Pour donner à cet événement l’ampleur qu’il méritait, nous avons souhaité mettre en œuvre le dispositif du 1 % culturel.
Votre projet a remporté notre appel d’offres pour deux raisons : une réelle proposition artistique (la pyramide de livres chaotique, etc.) et la fidélité au modèle. Dès l’ébauche, vous avez su capter l’expression et les détails du visage de l’académicien. Votre projet, dans son ensemble, était déjà très abouti. C’était rassurant pour nous, car ce monument dédié à Jean d’Ormesson allait représenter un marqueur essentiel du mandat de l’équipe municipale.
En outre, nos contraintes étaient fortes, tant en termes techniques que de délai. Votre atelier a su relever ces défis. La communication avec vous était fluide et transparente, votre professionnalisme constant.
Au moment du dévoilement, nous étions dans l’expectative. Une telle commande, pour une municipalité, est un saut dans l’inconnu. Qu’allaient donner les volumes, la patine, etc. ?
L’aspect et le rendu de l’œuvre ont été nettement supérieurs à ce que nous pouvions espérer. Votre projet, dans son ensemble, a été salué, y compris par la famille de Jean d’Ormesson qui nous a fait l’honneur d’être présente à l’inauguration.
Le monument apporte une touche culturelle, esthétique et artistique qui valorise le groupe scolaire devant lequel il est installé. »

Pour lire l’article sur l’inauguration, cliquez ici


Pour découvrir d’autres témoignages autour de nos projets, cliquez ici

 

Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

Inauguration à Mons, Belgique, du monument en hommage à Jacques Franeau

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=mwfah_2heME?rel=0&w=560&h=315]

Comme promis, voici la vidéo pour partager avec vous tous un moment important de notre vie. Cet homme, un grand vulgarisateur de la science, humaniste et progressiste, a ouvert la porte de l’université de Mons à tous ceux qui n’auraient eu autrement accès à l’éducation supérieure. L’ancien Premier ministre de la Belgique, Elio Di Rupio, a fait partie de ceux-là. Si vous écoutez son discours, vous remarquerez une émotion sincère et une admiration sans faille envers le grand-père de notre ami Gaspard Franeau.

Comme pour tous nos projets en bronze, nous remercions spécialement Nicolas Parc, gérant de la Fonderie de Bronze Lauragaise et son équipe : Clarisse, Frédéric, Joffrey, Claude, Stéphane et Clément.

Pour le socle en granite du Sidobre, un grand merci à M. Chabbert, avec qui nous avons pu développer l’idée souhaitée par le commanditaire : une base qui sort de la terre en forme brute, rugueuse, pour petit à petit atteindre le degré de poli parfait qui représente l’évolution que l’homme impose à la matière.

Pendant ces deux ans du projet, une belle amitié est née avec Gaspard Franeau, qui s’est investi à fond dans cet hommage à son grand-père. Nous espérons avoir bien capté l’essence de ce grand homme.

Dans une époque où l’obscurantisme nous envahit subrepticement, parfois violemment, il est temps de chercher dans les paroles de tous ceux qui se sont battus pour l’ouverture d’esprit, une nouvelle sagesse qui nous sauvera.

 

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