Salon des Artistes Français

Salon des Artistes Français

Nous participons au Salon des artistes français au Grand Palais Éphémère (en face de la Tour Eiffel) du 16 au 20 février. Evidemment nous serions ravis de voir les personnes que nous connaissons à cette occasion, mais ce genre d’invitation ne marche pas en général : peu d’entre vous risquent de se trouver à Paris à ce moment-là, ceux qui nous connaissent ont déjà vu notre oeuvre à l’atelier, et comme il ne s’agit pas d’une exposition individuelle, l’intérêt de ne voir que trois bustes même pas récents est limité.

Cette invitation est donc plutôt un motif de garder le contact avec vous, de partager nos activités artistiques, et , quand même, c’est aussi une bouteille lancée à la mer qui pourrait provoquer une nouvelle rencontre avec des passionnés de l’art.

J’écris ces mots dans un train de retour de Paris. Nous passons à grande vitesse (d’où le sigle TGV) d’un ciel bleu limpide à des paysages immergés dans le brouillard, pour ensuite nous retrouver de nouveau sous le soleil. Il me semble que pour le reste des passagers le paysage n’est qu’une toile de fond de leur univers sécurisant technologique à l’intérieur du train. Même la dame en face de nous, une dame qui me fait penser à ma grand-mère, est plongée dans son smartphone, indifférente au monde extérieur flouté par la vitesse.

Complicité

Complicité

TAILLE DIRECTE SUR UN BLOC DE MARBRE DE CARRARE

Le bloc de marbre de Carrare solide et lourd, autour de 200 kilos, est devenu un objet délicat et expressif, mais toujours trop lourd pour le porter dans les bras (70 kilos). Deux soeurs liées par une complicité dans la joie et l’espièglerie, au regard intense. 


Il fallait trouver la façon de livrer l’oeuvre chez leurs grands-parents, à Strasbourg. La mettre dans la voiture avec nos poulies et transpalettes n’était pas compliqué, mais une fois arrivés à notre destination, comment porter une pierre de ce poids sans nous casser le dos ? Nous avons décidé d’emporter la chèvre avec nous, une machine qui soulève jusqu’à une tonne, mais qui pèse plus que la sculpture. Cela semble absurde, mais il est plus facile de charger dans la voiture une machine en acier longue et maniable qu’une pierre dense et lisse, délicate et glissante. Oui, c’est vrai, avec des sangles la sculpture devient plus facile à déplacer, mais le risque qu’elle frappe dans son balancement un objet qui l’abîme est non négligeable. Bref, on a pris une machine pour descendre la pièce de la voiture. 
En cinq jours de voyage, on a dû faire plus de 2500 km, mais c’était un voyage magnifique, qui nous a permis d’établir des relations durables autour de l’art. Les grands-parents des fillettes s’intéressent à ce lien avec la vie qui va au-delà du corps physique. Leur collection d’art, que nous avons découverte, est la preuve d’une recherche personnelle et engagée. Une base en bois massif attendait l’oeuvre. Le grand-père, un homme grand, mince et fort, m’a aidé à soulever la sculpture toujours emballée dans des tissus épais. À deux on l’a placée sans grande difficulté sur sa nouvelle base, ce qui rendait effectivement évidente l’absurdité de tout l’effort d’emporter avec nous la chèvre

Le moment de la dévoiler était arrivé. Les grands-parents n’avaient rien vu depuis le début du processus ; ils nous avaient fait une confiance absolue. La tension était intense de leur part, évidemment, mais aussi de la nôtre. Même si j’avais la certitude d’avoir réussi une oeuvre spéciale, cela reste un constat personnel et subjectif. Il fallait maintenant découvrir la réaction des nouveaux propriétaires. 

Le défi pour la réalisation de cette oeuvre représentant deux soeurs était surtout l’harmonie des deux expressions. La petite soeur, avec ses yeux pétillants et son sourire malicieux et innocent à la fois, coquin et joyeux, ne devait pas cacher la douceur de la fille aînée, avec son air de sagesse et d’une certaine mélancolie. Je devais montrer l’attitude de protection de grande soeur, son amour et sa complicité envers la cadette. L’ensemble devait faire une seule oeuvre. La pierre devait rester unitaire. Les regards, même si dirigés vers des points différents, devaient montrer un instant dans le temps commun aux deux fillettes. Un univers entier aux deux êtres si différents et si complices. 


« Elles sont là ; elles sont vivantes. Bravo, vous avez réussi une belle oeuvre ! »


L’univers était en équilibre. Une sensation de liberté s’est manifestée au fond de moi. Les yeux de la Poétesse étaient humides. L’expectative  grandissante pendant des mois trouvait sa fin. On pouvait maintenant se relaxer. Tout à coup, un chat sort de nulle part et saute sur la base. Il s’est mis à renifler les deux petits visages avec un intérêt étrange. L’oeuvre a été adoptée dans son nouveau foyer.


Nous avons passé avec nos amis, une soirée mémorable au centre de Strasbourg. Les lumières de Noël, qui mettaient en valeur l’extraordinaire architecture de la ville, surtout de la magnifique cathédrale, allaient en harmonie avec notre sensation de flotter dans un monde de rêve. Et nous avons fini « chez Yvonne » autour d’une table dans un restaurant très agréable, apprécié par notre ancien président, Jacques Chirac, en train de déguster… oui, une tête de veau -la Poétesse-, et moi, sa langue (du veau, bien sûr). 
Le titre de l’oeuvre, Complicité, convenait à l’amitié qui s’est créée en quelques heures de convivialité. En fait, ce n’était pas le temps passé ensemble physiquement qui nous liait ; c’était les semaines, les mois, où nous avons passé une grande partie de notre énergie et de notre temps autour de la création d’une oeuvre basée sur les deux visages pleins de vie de leurs petites-filles. 

Installation de l’exposition « Façonneurs de mémoires » à Martres-Tolosane

Installation de l’exposition « Façonneurs de mémoires » à Martres-Tolosane

Une surprise nous attendait au Grand Presbytère. Nous sommes arrivés à Martres-Tolosane dans l’après-midi à un moment où le soleil venait de pointer son nez. La lumière entrait à flots dans l’espace de la future exposition (elle démarre ce samedi 30 et l’inauguration est le dimanche 8 décembre à 16 heures). Nous nous attendions à voir par terre les bustes toujours emballés, prêts à être placés… ils étaient déjà installés ! Ils nous observaient épatés (nous, pas les bustes) par l’harmonie que la disposition des œuvres dégageait dans cette lumière limpide. La muséographie de Séverine Tonello et de Sandrine Schiavon nous a semblé impeccable. Une belle exposition s’annonçait déjà. Evidemment il manquait encore une bonne partie des éléments : dessins, photos, poèmes, textes et d’autres bustes, et apporter quelques petits changements, mais la note de départ était parfaite.

C’était pour nous l’occasion de voir, pour la première fois dans son ensemble, la collection de bustes de résidents réalisée pour l’Ehpad de Saint-Martory en 2016 et 2017. Les souvenirs d’un an et demi de travail épisodique nous ont inondés. Tous les moments forts vécus dans cet établissement, une fois par mois, étaient condensés dans le regard figé pour toujours de chaque visage qui nous « observait » depuis son socle. Un projet spécial arrivait à son point culminant : le partage avec le public de toutes ces expressions riches en expérience de vie.

L’idée de ce projet est née un jour d’été, quand nous faisions une démonstration de sculpture chez Évelyne Hosté, qui ouvrait sa maison et son immense et beau jardin au public, lors d’un parcours de portes ouvertes d’ateliers d’art. Gilles Blandinières, directeur de l’Ehpad Les Genévriers, est resté un moment à m’observer réaliser un buste. Je pense qu’il a senti le lien qui existe entre l’argile et la vie, entre la forme et la présence, entre le temps et la création artistique. Il a eu l’idée de bâtir, dans son établissement, un pont vers l’art. Dans la plupart des Ehpad, les activités proposées tournent autour des loisirs. L’art est pratiquement absent. L’art disparaît de nos écoles, de nos galeries contemporaines (qui se consacrent à « l’art contemporain », qui est plutôt de l’art conceptuel, vieux d’un siècle et de plus en plus dénué de sens) et de nos établissements pour le troisième âge. L’initiative de Gilles Blandinières et de son équipe est essentielle : retrouver un lien avec l’art peut redonner un nouveau sens à notre société .

L’Europe est quand même le continent dans lequel l’art occupe le devant de la scène. L’art fait partie de notre ADN, comme on dit aujourd’hui. Il existe partout, bien sûr, mais les priorités sont différentes sur les autres continents. Si l’Europe attire tellement l’attention du monde entier, c’est en grande partie à cause de l’importance qu’elle attache à sa richesse artistique. Des démarches modestes comme ce projet, répétées un peu partout, peuvent nous aider à retrouver la place que nous occupons dans le monde.

Démonstration au Salon des Maires, Paris 2017

Démonstration au Salon des Maires, Paris 2017

Début d’un visage. Les maires et les adjoints qui passent devant le stand s’arrêtent, surpris de voir un sculpteur en train de réaliser un buste. On est les seuls artistes de tout le salon. Pourtant la France est peuplée de sculptures et les élus ont toujours donné un espace important à l’art. Cette démonstration et les mots de la poétesse ont aidé à ouvrir un chemin à notre proposition, remettre l’art au coeur de nos espaces publics. Nous remercions l’invitation de Monsieur et Madame Dechaumont sur leur stand.

 

démo sculpture salon des maires

Expo salon des maires invités par fonderies Dechaumont

Deux expositions simultanées à deux pas du Capitole de Toulouse

Exposition à l’hôtel Le Grand Balcon (cliquez ici pour lire l’article)

 

A quelques mètres de l’exposition à l’hôtel Le Grand Balcon, on peut découvrir à Ombres Blanches les bustes de Carlos Fuentes et d’Octavio Paz, le premier, romancier, et le second, poète.

Autant de personnalités qui se sont dépassées grâce à la simple volonté de « faire ce qu’ils devaient faire », et qui ont laissé derrière elles des traces… Et la matière qui enregistre ce que le temps laisse comme traces à son tour sur leurs visages. La forme comme réceptacle de ces vies.

Exposition à Ombre Blanches, dans l’espace consacré aux débats, rue Mirepoix (Cliquez ici pour lire l’article). 

Pin It on Pinterest