Michel Houellebecq à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Michel Houellebecq à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Aujourd’hui je parlais avec un ami de l’extrême précision qui permet à l’oeil humain d’analyser une expression sur un visage. Il suffit d’un changement presque imperceptible de la matière d’un buste, ce qui arrive souvent à la cuisson ou au séchage de l’argile, pour que l’expression perde la force qu’elle avait quand l’argile était humide. Grâce aux conseils d’un ami sculpteur, François Vandenberghe, j’ai découvert une astuce pour garder presque parfaitement l’expression originale : cuire l’argile à moins de 1000°. Avant cette étape, il suffit de faire sécher très lentement la pièce.

Je risque de me répéter sur ce journal. Ma mémoire en panne depuis ma jeunesse m’empêche de garder le souvenir de tout ce que j’écris. Et me remettre à lire mes textes serait une perte de temps. J’assume donc la répétition de certaines idées ou événements sur ces pages.

Ce matin, à la Fonderie de Bronze Lauragaise (FBL), je pensais à ce sujet et je me demandais si les étapes de cire et de fonte du bronze engendreraient aussi des changements d’expression importants, mais j’ai eu la très agréable surprise de trouver les bustes d’Alberto Giacometti et de Michel Houellebecq exactement comme je les avais réalisés. Ils avaient été ciselés avec une maîtrise totale (merci Stéphane !). Aucun défaut détecté. J’ai juste retouché un détail important : les yeux. Parfois le moule n’arrive pas à entrer dans la pupille et il y a une perte de profondeur du regard. C’est une question d’un dixième de millimètre.

Avec Clarisse on a choisi la patine. Sur les images on voit le processus. Je communique parfaitement bien avec cette jeune femme très douée pour la finition des pièces. Je vois évoluer la surface du buste de façon harmonieuse. Toute l’équipe de la fonderie s’intéresse à chaque étape du processus. Ce matin j’ai eu la sensation de me trouver immergé dans une nouvelle famille. On est tous passionnés par la création avec ce métal qui restera plus longtemps que nous tous sur Terre.

Photos de Juliette Marne, écrivaine.

 

Cire perdue (bientôt)

Cire perdue (bientôt)

On part très tôt vers Blan avec notre chienne et une bouteille Thermos bien remplie de café. Le passage à la boulangerie est obligé : quatre croissants. Pour échapper aux bouchons aux heures de pointe, nous empruntons de petites routes qui passent par les coteaux. Le brouillard forme un océan doux et fantasmagorique. Au loin un château d’eau flotte comme un phare. Les couleurs sont opaques. Les sons, calfeutrés. On s’arrête pour boire notre café en plein brouillard. Le soleil arrive lentement. Une heure et demie de trajet nous permet de nous extasier devant des paysages majestueux.

À la fonderie, Alberto Giacometti nous attend. Il est en cire pour l’instant. Léger. À sa gauche il y a le « master« , la pièce originale en terre cuite, marquée par les restes d’élastomère. Parfois, quand le moule est retiré, la sculpture originale souffre quelques dégâts. Cette fois le master est en bon état. Il lui faut juste un nettoyage et il sera tout neuf. Dans ce cas, le terme est adequat : Giacometti était un vrai maître.

Je retouche la pièce avec de la cire rouge.  Cela permet de voir les endroits déjà « réparés ». Giacometti m’observe avec empathie. Il connaît les difficultés du métier.

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