Dylan

Après un silence prolongé, voici une vidéo de ces derniers mois, où notre énergie et notre temps se sont centrés autour de la création de la sculpture de Dylan. Plus de neuf mois d’intenses émotions, d’efforts physiques, d’échanges riches, d’apprentissage, et d’une certaine sagesse que ce projet nous a apportée. En plus de l’aspect humain, dans le domaine artistique, sculpter le marbre nous a menés à une forme d’existence hors du temps. La sculpture est partie à Marseille. L’atelier s’est tout à coup vidé. Un poème est né de la plume de la Poétesse. Les nouveaux projets prennent forme. Et nous, nous essayons de reprendre notre vie quotidienne…

Au fond, je crois que notre vie est celle dictée par le marbre, scandée par les vers.

Stand-by

Stand-by

Depuis quelques mois déjà, je ne fais rien d’autre qu’enlever des morceaux de marbre à un bloc qui mesurait initialement deux mètres de hauteur et pesait plus d’une tonne. La semaine dernière nous avons amené à la déchèterie une demi-tonne de gravats et de poussière, qui s’accumulaient dans des sacs spéciaux pour la construction.

Je sais, l’anglais dérange certaines personnes. Pourquoi on n’utilise pas des mots en français ? On est en France, n’est-ce pas ? Mais parfois on cède à l’anglais, tant il est partout. Challenge au lieu de défi, wifi au lieu de fidélité sans fil, ou fifi, dans la même logique ; parking au lieu de parc de stationnement (bien que « parking » en anglais provienne du mot français parc)… bref, je laisse le titre Stand-by au lieu de « en suspens, à l’arrêt, en veilleuse », d’après Le Robert, pour garder un ton de start-up.

Je parle de cette période étrange, « inédite » comme on a entendu à la radio des millions de fois, surtout au début, pour faire référence encore une fois à la Covid (de nouveau l’anglais ! On dit « la » Covid parce que la traduction de cet acronyme anglais est la « maladie du coronavirus »). Une période en suspens, à l’arrêt… en veilleuse.

Dans un autre article (on pourra cliquer ici pour y aller quand il sera écrit), je parlerai des événements artistiques de notre atelier dans cette période : le fait d’être sélectionné pour le Salon des Artistes Français (https://www.artistes-francais.com/fichiers/file/salon2021/catalogues/sculpture.pdf) dont l’exposition au Grand-Palais a été annulée à cause de la…, l’inauguration du monument à la mémoire de Charles de Gaulle, celle du monument de Simone Veil, la publication du futur recueil de nouvelles d’Auzas dans lequel nous participons, l’apparition inattendue de la sculpture de la Pharaonne au Père-Lachaise, etc.

Les magasins de produits non essentiels sont fermés (les librairies y ont échappé cette fois). Les entreprises fonctionnent à distance. C’est l’époque du télétravail, le travail à distance (pas le travail devant la télé, quoique). Quand je sors de notre atelier, de la Briqueterie, je me retrouve dans un monde étrange, sans cafés, sans restaurants, habité par des gens qui cachent leur bouche. Je devrais être habitué à cette vue futuriste, mais étant donné que je ne sors presque jamais – et je parle seulement pour moi, car la Poétesse sort tous les jours avec Isis pour se changer les idées -, je n’arrive pas à enregistrer dans ma tête notre nouvelle forme de vie en société.

Pour moi, c’était l’occasion de me consacrer entièrement à mon bloc de marbre. Le bloc a disparu ; il est devenu une « sculpture ». Pas encore finie, mais elle prend déjà une forme de mouvement interne. Elle commence à occuper l’espace, à émaner une espèce de présence, à être là, à avoir un « moi » . C’est l’étape que j’apprécie infiniment, celle où je frappe le marbre en évitant de faire du mal à l’être qui commence à se manifester. J’enlève des morceaux de plus en plus petits, car je suis tout près de sa peau. Je finirai dans quelques semaines par enlever juste de la poussière. C’est cela la taille directe : on se confronte à une pierre, à un marbre, pour aller chercher dans ses entrailles l’être qui somnole à l’intérieur depuis des millions d’années. Ou, plutôt, le sculpteur découvre dans une matière vieille de quelques millions d’années un être qui vient d’arriver à l’existence il y a à peine moins de deux décennies pour à son tour rester des siècles, peut-être des millénaires, dans sa nouvelle essence.

Je suis confiné. Je suis un artiste-confiné, un confit de sculpteur, depuis longtemps, depuis que j’ai découvert la seule solution pour moi pour ne pas me diluer dans le néant, celle d’étudier la matière, de former un ensemble avec elle, de m’attacher aux molécules, de garder une ancre sur Terre.

En attendant de voir notre société sortir de cet état de suspens, je continue à enlever du marbre. On fera la fête quand on pourra de nouveau s’asseoir aux cafés et partager avec d’autres humains notre passage matériel sur cette belle planète. Mais je continuerai à exister dans la poussière.

Dylan, toujours se dépasser

La Pharaonne au Père-Lachaise (vidéo AFP)

La sculpture en marbre de Carrare de La Pharaonne, une femme faisant un pas vers l’avant, vers l’inconnu, vers l’éternité est finalement installée au cimetière du Père-Lachaise. Cliquez pour voir le reportage de l’AFP :

Vidéo de l’AFP

Pour la voir in situ : elle se trouve à droite de la chapelle Thiers en montant (division 21), pas loin des tombes de Chopin et du Mime Marceau.

Le plan du Père-Lachaise

Le plan du Père-Lachaise

Ce plan du cimetière du Père-Lachaise a servi de guide à des millions de personnes qui sont venues à Paris du monde entier avant la pandémie. Elles s’en servaient pour localiser les tombes ou les sculptures les plus célèbres.

Le fait qu ‘aujourd’hui il puisse guider celles qui souhaitent découvrir La Pharaonne, c’est-à-dire la grande sculpture en marbre que nous avons livrée il y a plus d ‘un an suite à une commande assez mystérieuse, est pour moi quelque chose d’émouvant.



Quand j’avais à peine 13 ans j’ai suivi ce plan. Je ne me rappelle pas les tombes que j’ai voulu découvrir ; à l’époque je n’avais pas une notion claire de ce que la mort signifiait, et encore moins, une connaissance des artistes, politiciens, écrivains, poètes, scientifiques et d’autres savants qui allaient jouer un rôle important dans mon évolution en tant que sculpteur.

Pour moi, ce plan n’était que la représentation d’un labyrinthe truffé de vieilles pierres cassées servant à couvrir des cadavres dont les noms m’évoquaient une vague notion d’Histoire. Comment aurais-je pu imaginer à l’époque qu’il me rendrait service un jour pour trouver une œuvre réalisée par mes mains ? À cet âge-là, je n’envisageais pas encore de devenir artiste.

Aujourd’hui, après trente ans de création, la Poétesse et moi nous permettons de savourer une petite fenêtre qui s’ouvre vers tous ces gens que nous considérons comme nos maîtres et parfois comme des amis et qui ne sont plus de ce monde.

Ce marbre encore éclatant de lumière contraste avec la noirceur propre aux cimetières. La Pharaonne va donner son premier pas dans l´obscurité, dans une ambiance de paix et de vie. Oui, dans un cimetière on aperçoit la vie de façon plus limpide…..

Bonne nouvelle à propos d’une étincelle d’éternité

Bonne nouvelle à propos d’une étincelle d’éternité

« Bonjour, je suis Mme X et je vous appelle parce que j’ai découvert au cimetière du Père-Lachaise une sculpture d’une femme dont le nom n’apparaît nulle part. J’ai trouvé la signature sur votre sculpture et j’ai cherché votre nom sur Internet. Je voudrais donc savoir qui a eu le privilège d’avoir une représentation de sa personne en marbre dans le Carré Romantique de ce cimetière ? »

La Poétesse a dû lui expliquer que la tombe est vide, que la personne représentée est vivante, qu’il s’agit d’une écrivaine qui était célèbre il y a quelques années, tout en évitant de montrer sa surprise en apprenant cette nouvelle ; la dame n’aurait pas compris notre ignorance d’un tel événement.

La sculpture en marbre de Carrare d’une femme faisant un pas vers l’avant, vers l’inconnu, vers l’éternité est finalement installée au Père-Lachaise !

Poème : Juliette Marne

Nous avions promis aux personnes qui suivent notre activité artistique que nous les inviterions au dévoilement de l’oeuvre quand elle se trouverait à sa place finale, au cimetière, mais le coronavirus en a décidé autrement : elle a été installée dans la plus grande discrétion pour éviter tout rassemblement en période de pandémie. Même nous, les réalisateurs de l’oeuvre, ne savions rien.

Il a fallu fêter l’événement. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’honneur d’avoir une oeuvre placée comme monument public pour les siècles à venir dans le cimetière le plus visité au monde, entourée d’oeuvres artistiques très significatives réalisées par des sculpteurs comme : David d’Angers (1788-1856), Jean-Baptiste Clésinger (1814-1883) (monument de Chopin), Antoine-Auguste Préault (1809-1879), Louis Ernest Barrias (1841-1905), Aimé Millet (1819-1891), Léopold Morice (1846 -1920), Charlotte Dubray (1855-1931), Gustave Crauk (1827-1905), Prix de Rome de sculpture en 1851, Paul-Albert Bartholomé (ami d’Edgar Degas), Henri Bouchard (1875-1960),  Alfred Boucher (1850-1934), René de Saint- Marceaux (1845-1915), Paul Dubois (1829–1905), Henri-Michel-Antoine Chapu (1833-1891), Laurent-Honoré Marqueste (1848-1920), prix de Rome en 1871, Paul Jean-Baptiste Gasq (1860-1944), premier prix de Rome en 1890, Denys Puech (1854-1942), Étienne Leroux (1836-1906), Aimé-Jules Dalou (1838-1902)…

Il faut monter à Paris et ouvrir une bouteille de Champagne sur la tombe vide de cette femme à l’âme égyptienne, qu’on appelle Hatshepsout, un pharaon féminin (je sais, c’est interdit, mais on le fera symboliquement).

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