Cire perdue (bientôt)

Cire perdue (bientôt)

On part très tôt vers Blan avec notre chienne et une bouteille Thermos bien remplie de café. Le passage à la boulangerie est obligé : quatre croissants. Pour échapper aux bouchons aux heures de pointe, nous empruntons de petites routes qui passent par les coteaux. Le brouillard forme un océan doux et fantasmagorique. Au loin un château d’eau flotte comme un phare. Les couleurs sont opaques. Les sons, calfeutrés. On s’arrête pour boire notre café en plein brouillard. Le soleil arrive lentement. Une heure et demie de trajet nous permet de nous extasier devant des paysages majestueux.

À la fonderie, Alberto Giacometti nous attend. Il est en cire pour l’instant. Léger. À sa gauche il y a le « master« , la pièce originale en terre cuite, marquée par les restes d’élastomère. Parfois, quand le moule est retiré, la sculpture originale souffre quelques dégâts. Cette fois le master est en bon état. Il lui faut juste un nettoyage et il sera tout neuf. Dans ce cas, le terme est adequat : Giacometti était un vrai maître.

Je retouche la pièce avec de la cire rouge.  Cela permet de voir les endroits déjà « réparés ». Giacometti m’observe avec empathie. Il connaît les difficultés du métier.

Photons et poussière

Photons et poussière

Capter le présent, capter un instant qui disparaîtra forcément, comme tous les instants que les horloges piétinent, surtout ceux qui traînent. La papier enregistre le mouvement de la main en capturant (et captant) les particules noires du fusain qui s’use lentement par friction. Les secondes semblent ralentir. Le monde extérieur s’estompe. Un chien aboie au loin, comme s’il n’existait pas vraiment.

Je me remets à la sculpture. Les yeux ont attrapé les détails que les mains ont laissé échapper. C’est un travail d’équipe. Les mains comprennent la matière et les yeux, la lumière.

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La tête dans les étoiles

La tête dans les étoiles

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L’immense châtaignier sans feuilles se devine dans le noir illuminé par les étoiles à contrejour. Orion est là. Magnifique, avec son épée attachée à sa ceinture. Bételgeuse, l’étoile qui marque son épaule gauche, est rouge. Rigel, celle qui représente son genou gauche, plutôt bleue. On dirait qu’il pose ses pieds sur les branches de l’arbre. Curieux pour une constellation d’avoir les pieds ancrés sur terre (et la tête dans les étoiles). Il est cinq heures. J’aime bien me lever tôt pour travailler.

Orion me semble plus près de l’horizon que d’habitude. Je cherche sur Internet «changement d’heure» et je comprends : je me suis réveillé en réalité à 6h du matin de l’heure d’été. Cette nuit on est passé à l’heure d’hiver. Les appareils (ordinateurs, tablettes, téléphones…) font automatiquement ce petit changement et toute une masse de gens, des millions de personnes, se lèvent plus tard juste un peu étonnés d’avoir dormi une heure de plus. D’ailleurs, on est dimanche. Grasse matinée pour certains.

Le café dans une bouteille Thermos et une petite promenade dans la campagne avec notre chienne et, après, les mains dans la glaise, au retour. Observer le soleil se lever et illuminer les Pyrénées dans un air si limpide est toujours délicieux. Bon dimanche !

30 OCTOBRE 2016

 

 

Il est cinq heures…

Il est cinq heures…

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« …Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent, ils sont brimés
C’est l’heure où je vais me coucher

Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n’ai pas sommeil »

Jacques Dutronc

Muret se lève aussi.

Je n’ai pas sommeil.

J’aime bien cette chanson de Dutronc. On imagine tout un monde qui vit quand nous dormons. A Muret c’est moins agité, mais tout se met en mouvement aussi. La machine se réveille. Les écrans s’allument. Je dois dormir un peu. Dans deux heures je dois préparer l’atelier pour une longue journée de partage. Je donne des cours de sculpture…

Je vous laisse une image de la « Walking woman au portable », sculpture que j’ai réalisée il y a plus d’un an à Barcelone, lors d’un stage à la Barcelona Academy of Art. Le sculpteur Grzegorz Gwiazda  nous a partagé son savoir autour de la sculpture figurative. Magnifique artiste. 

 Cette œuvre a bien évolué : elle s’est fissurée de partout, ça me plaît.

29 OCTOBRE 2016

 

 

Les nuages s’en vont toujours

Les nuages s’en vont toujours

Parfois quelqu’un qui passe à l’atelier peut apporter un message d’encouragement sincère, souvent de façon involontaire. On peut se trouver dans un moment de stress par rapport à la difficulté de trouver un chemin artistique plus précis, ou plus accessible, et un sourire ou une phrase, ou tout simplement le lueur d’un regard devant une sculpture  change la couleur du jour. Le ciel gris et lourd s’éloigne et tout se remet en marche.

Les artistes, même s’ils essayent de ne pas dépendre de l’avis du public, ont besoin parfois de trouver un reflet de leur intention (peu importe comment on appelle ce qu’ils cherchent à mettre dans leur travail), de trouver donc un reflet de leur intention dans la réaction des personnes qui regardent leurs oeuvres.

Ce matin c’était le cas. J’ai montré à une personne que j’apprécie le buste de l’Abbé Pierre. Le regard inerte de la sculpture a croisé celui de mon invité pendant une microseconde, comme s’il prenait vie.  On a discuté de ce blog et d’autres activités récentes dans l’atelier.

L’automne m’a semblé tout à coup une saison idéale pour créer.

25 OCTOBRE 2016

 

 

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