Femme sans racines

Femme sans racines

Poème de Juliette Marne

Novembre 2016

« Suspendue telle une damnée
À un fil non électrique
La statue de bois lardée
De tes coups ésotériques

Ô grand homme qui dépèces
Un grand tronc qui pèse une tonne
La tronçonneuse façonne
La prisonnière frissonne

Tu voudrais lui donner vie
À ce bout de bois coupé
Tentatives détachées
Perspectives au poing levé

Mais la femme qu’il y a dedans 
Refuse de se laisser faire
Elle se resserre par-devant
Tu la découpes par-derrière

Dans le vide enchaînée
Elle oscille en sablier
Tu la saisis, elle est née
Grande aiguille du temps déliée

Sur le tronc sec et vivant
Deux seins hyperréalistes
C’est la Belle au Bois Levant
Aux cernes comptés comme supplice

Le marbre brun de ses pointes
Enjoint de les caresser 
Et plus bas les jambes jointes
Le V d’un oiseau blessé

Cette fille Fayoum charmée
Au corps duveteux se donne
Mais la tête aux yeux fermés
Sous le capuchon fredonne

Prise en un songe égyptien
Un sarcophage de bois peint
Elle écoule un verbe ancien
Sa chair tranchée vaut du pain

La sculpture est achevée
Une tendinite te lance
Son secret est conservé
Dans l’aubier d’un orme de France »

Juliette Marne

Je casse la pierre, donc je suis

Je casse la pierre, donc je suis

Pourquoi on passe des heures à «voir» Facebook ? J’allais écrire «lire», mais quand on passe du temps sur FB c’est plutôt pour une activité d’observation. On regarde des images, figées ou en mouvement (des vidéos, des GIF). Mais pour quoi ? Pour s’amuser ? Pour se distraire ? (se distraire, s’extraire, de quoi ?) Pour apprendre ? (on a l’impression d’apprendre, parfois, mais en général on part sans retenir la moindre information). En fait, les algorithmes des réseaux sociaux nous nourrissent des idées qu’on avait déjà. On se fait manipuler « à notre insu » (comme toute manipulation, évidemment). Facebook est conçu de telle façon qu’on reçoit de l’information qu’on « aime ». Chacun de nos « likes » aide l’algorithme à enregistrer nos goûts, nos préférences, nos intérêts. Et après il nous balance une réalité très personnalisée. Et nous pensons que les autres pensent comme nous ! Ceux qui se battent pour les animaux auront plein de vidéos et d’images de cruauté sur le fil d’actualité, ceux qui aiment manger bio, des images de pollution ; les végans auront des messages sur les injustices faites aux animaux ; les gens d’extrême-gauche, des images sur les excès du capitalisme ; nos amis indignés par la société industrielle (dont ils pensent ne pas faire partie), des images de productions pharaoniques, etc. Tout le monde baigne dans ses propres idées. C’est une zone de confort. On retrouve ceux qui pensent comme nous.

Si vous êtes en train de lire cet article sur Facebook, ne vous inquiétez pas, cela ne veut pas dire que vous pensez comme moi, ou moi comme vous. J’apparais sur votre fil d’actualité seulement parce que nous sommes « amis ». Car il y a aussi le côté « social » : on retrouve le plat qu’a dégusté un copain, ou le chien d’un pote qui lèche un rat (son chien, pas le pote, quoique…), le monument visité par la cousine, le chanteur préféré de la tante, la photo de famille d’un ami qu’on n’a pas vu depuis des années (et qu’on ne verra pas en vrai encore pendant quelques années), le message philosophique d’une ancienne amie avec qui on sortait le soir pour discuter d’un livre (quand on lisait des livres), des tonnes de « selfies » de tous ceux qui cherchent à se refléter pour être sûr qu’ils existent. Bref, les réseaux sociaux ne nous apportent pas grand-chose de nouveau.

Ils nous confortent en nous faisons croire que le monde change. Et il change, le monde, c’est vrai, mais je pense qu’il ne se dirige pas encore dans une direction précise. On est dans l’étape de l’indignation. Les propositions ne tarderont pas à arriver.

De mon côté, je publie des images qui ne servent à rien, des images de mes sculptures, juste pour prouver que j’existe (je plaisante, car je sais que je n’existe pas…). Si j’existe, c’est grâce à la complexité et à la richesse du corps humain qui me sert de base pour une recherche autour de la beauté… C’est cela que je voudrais partager avec vous. La beauté que je trouve et que j’essaie de « pousser » dans la pierre. 

La tête dans les étoiles

La tête dans les étoiles

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L’immense châtaignier sans feuilles se devine dans le noir illuminé par les étoiles à contrejour. Orion est là. Magnifique, avec son épée attachée à sa ceinture. Bételgeuse, l’étoile qui marque son épaule gauche, est rouge. Rigel, celle qui représente son genou gauche, plutôt bleue. On dirait qu’il pose ses pieds sur les branches de l’arbre. Curieux pour une constellation d’avoir les pieds ancrés sur terre (et la tête dans les étoiles). Il est cinq heures. J’aime bien me lever tôt pour travailler.

Orion me semble plus près de l’horizon que d’habitude. Je cherche sur Internet «changement d’heure» et je comprends : je me suis réveillé en réalité à 6h du matin de l’heure d’été. Cette nuit on est passé à l’heure d’hiver. Les appareils (ordinateurs, tablettes, téléphones…) font automatiquement ce petit changement et toute une masse de gens, des millions de personnes, se lèvent plus tard juste un peu étonnés d’avoir dormi une heure de plus. D’ailleurs, on est dimanche. Grasse matinée pour certains.

Le café dans une bouteille Thermos et une petite promenade dans la campagne avec notre chienne et, après, les mains dans la glaise, au retour. Observer le soleil se lever et illuminer les Pyrénées dans un air si limpide est toujours délicieux. Bon dimanche !

30 OCTOBRE 2016

 

 

Il est cinq heures…

Il est cinq heures…

walking-woman-au-portable

« …Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent, ils sont brimés
C’est l’heure où je vais me coucher

Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n’ai pas sommeil »

Jacques Dutronc

Muret se lève aussi.

Je n’ai pas sommeil.

J’aime bien cette chanson de Dutronc. On imagine tout un monde qui vit quand nous dormons. A Muret c’est moins agité, mais tout se met en mouvement aussi. La machine se réveille. Les écrans s’allument. Je dois dormir un peu. Dans deux heures je dois préparer l’atelier pour une longue journée de partage. Je donne des cours de sculpture…

Je vous laisse une image de la « Walking woman au portable », sculpture que j’ai réalisée il y a plus d’un an à Barcelone, lors d’un stage à la Barcelona Academy of Art. Le sculpteur Grzegorz Gwiazda  nous a partagé son savoir autour de la sculpture figurative. Magnifique artiste. 

 Cette œuvre a bien évolué : elle s’est fissurée de partout, ça me plaît.

29 OCTOBRE 2016

 

 

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