Dylan

Après un silence prolongé, voici une vidéo de ces derniers mois, où notre énergie et notre temps se sont centrés autour de la création de la sculpture de Dylan. Plus de neuf mois d’intenses émotions, d’efforts physiques, d’échanges riches, d’apprentissage, et d’une certaine sagesse que ce projet nous a apportée. En plus de l’aspect humain, dans le domaine artistique, sculpter le marbre nous a menés à une forme d’existence hors du temps. La sculpture est partie à Marseille. L’atelier s’est tout à coup vidé. Un poème est né de la plume de la Poétesse. Les nouveaux projets prennent forme. Et nous, nous essayons de reprendre notre vie quotidienne…

Au fond, je crois que notre vie est celle dictée par le marbre, scandée par les vers.

L’encre, point commun entre le texte et l’image. Houellebecq (2)

L’encre, point commun entre le texte et l’image. Houellebecq (2)

« Mon dernier article, autour du buste d’Houellebecq, me mène à reprendre un texte que j’ai écrit au moment de la publication du livre d’Agathe Novak-Lechevalier, en librairie depuis 2018, Houellebecq, l’art de la consolation, dont la couverture est un dessin que j’ai réalisé de l’écrivain.  Etant donné que la pandémie n’existait pas à l’époque, je trouve signifiant le fait que je fais allusion à la banalité ambiante d’une façon qui aujourd’hui me semble désuète. Heureusement.

L’encre coule sur le papier de façon capricieuse. Je reprends mes vieilles habitudes de peintre pour comprendre le comportement de ce liquide teinté et pour mieux le maîtriser. Il faut se laisser surprendre par l’accident provoqué, et quelque part, dirigé. Un œil de Michel Houellebecq observe le spectateur, l’autre se focalise sur un monde lointain, obscur, étrange. Le visage a l’air sincère et compatissant, presque amical.

Agathe Novak-Lechevalier connaît bien l’écrivain et son œuvre. Elle décrit celle-ci dans un livre précis, analytique, fluide et riche.

À sa demande, j’ai proposé à Stock plusieurs dessins. L’éditrice Alice d’Andigné a choisi celui de l’asymétrie dans le regard de l’écrivain. La maquettiste l’a intégré dans une couverture claire et dépouillée, où le rouge presque orange du titre évite une sobriété austère en lui donnant une touche moderne.

Ce livre nous permet de mieux comprendre l’énorme succès de l’écrivain, si mal perçu dans certains milieux intellectuels. Agathe Novak-Lechevalier défait une à une les idées reçues sur son œuvre. Le poète est mis en avant. Un homme qui croit en la poésie ne peut pas être le pessimiste absolu que les médias nous présentent. Le monde va mal, c’est vrai. La banalité envahit tout. Mais les humains restent sensibles à la beauté. Cela peut les sauver. Houellebecq console le monde en ouvrant une voie à la poésie, à travers ses romans.

« Il est vrai que ce monde où nous respirons mal
N’inspire plus en nous qu’un dégoût manifeste.
Une envie de s’enfuir sans demander son reste,
Et nous ne lisons plus les titres du journal. »

La Poursuite du bonheur, Michel Houellebecq

Femme sans racines

Femme sans racines

Poème de Juliette Marne

Novembre 2016

« Suspendue telle une damnée
À un fil non électrique
La statue de bois lardée
De tes coups ésotériques

Ô grand homme qui dépèces
Un grand tronc qui pèse une tonne
La tronçonneuse façonne
La prisonnière frissonne

Tu voudrais lui donner vie
À ce bout de bois coupé
Tentatives détachées
Perspectives au poing levé

Mais la femme qu’il y a dedans 
Refuse de se laisser faire
Elle se resserre par-devant
Tu la découpes par-derrière

Dans le vide enchaînée
Elle oscille en sablier
Tu la saisis, elle est née
Grande aiguille du temps déliée

Sur le tronc sec et vivant
Deux seins hyperréalistes
C’est la Belle au Bois Levant
Aux cernes comptés comme supplice

Le marbre brun de ses pointes
Enjoint de les caresser 
Et plus bas les jambes jointes
Le V d’un oiseau blessé

Cette fille Fayoum charmée
Au corps duveteux se donne
Mais la tête aux yeux fermés
Sous le capuchon fredonne

Prise en un songe égyptien
Un sarcophage de bois peint
Elle écoule un verbe ancien
Sa chair tranchée vaut du pain

La sculpture est achevée
Une tendinite te lance
Son secret est conservé
Dans l’aubier d’un orme de France »

Juliette Marne

Bonne nouvelle à propos d’une étincelle d’éternité

Bonne nouvelle à propos d’une étincelle d’éternité

« Bonjour, je suis Mme X et je vous appelle parce que j’ai découvert au cimetière du Père-Lachaise une sculpture d’une femme dont le nom n’apparaît nulle part. J’ai trouvé la signature sur votre sculpture et j’ai cherché votre nom sur Internet. Je voudrais donc savoir qui a eu le privilège d’avoir une représentation de sa personne en marbre dans le Carré Romantique de ce cimetière ? »

La Poétesse a dû lui expliquer que la tombe est vide, que la personne représentée est vivante, qu’il s’agit d’une écrivaine qui était célèbre il y a quelques années, tout en évitant de montrer sa surprise en apprenant cette nouvelle ; la dame n’aurait pas compris notre ignorance d’un tel événement.

La sculpture en marbre de Carrare d’une femme faisant un pas vers l’avant, vers l’inconnu, vers l’éternité est finalement installée au Père-Lachaise !

Poème : Juliette Marne

Nous avions promis aux personnes qui suivent notre activité artistique que nous les inviterions au dévoilement de l’oeuvre quand elle se trouverait à sa place finale, au cimetière, mais le coronavirus en a décidé autrement : elle a été installée dans la plus grande discrétion pour éviter tout rassemblement en période de pandémie. Même nous, les réalisateurs de l’oeuvre, ne savions rien.

Il a fallu fêter l’événement. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’honneur d’avoir une oeuvre placée comme monument public pour les siècles à venir dans le cimetière le plus visité au monde, entourée d’oeuvres artistiques très significatives réalisées par des sculpteurs comme : David d’Angers (1788-1856), Jean-Baptiste Clésinger (1814-1883) (monument de Chopin), Antoine-Auguste Préault (1809-1879), Louis Ernest Barrias (1841-1905), Aimé Millet (1819-1891), Léopold Morice (1846 -1920), Charlotte Dubray (1855-1931), Gustave Crauk (1827-1905), Prix de Rome de sculpture en 1851, Paul-Albert Bartholomé (ami d’Edgar Degas), Henri Bouchard (1875-1960),  Alfred Boucher (1850-1934), René de Saint- Marceaux (1845-1915), Paul Dubois (1829–1905), Henri-Michel-Antoine Chapu (1833-1891), Laurent-Honoré Marqueste (1848-1920), prix de Rome en 1871, Paul Jean-Baptiste Gasq (1860-1944), premier prix de Rome en 1890, Denys Puech (1854-1942), Étienne Leroux (1836-1906), Aimé-Jules Dalou (1838-1902)…

Il faut monter à Paris et ouvrir une bouteille de Champagne sur la tombe vide de cette femme à l’âme égyptienne, qu’on appelle Hatshepsout, un pharaon féminin (je sais, c’est interdit, mais on le fera symboliquement).

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