La briqueterie Rondé-Oustau retenue par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern : notre atelier fait peau neuve

La briqueterie Rondé-Oustau retenue par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern : notre atelier fait peau neuve

Une bonne nouvelle !

Juliette et moi avons lancé il y a trois ans un projet pour sauver la briqueterie Rondé-Oustau, à Muret, qui abrite notre atelier d’art. Cette semaine, notre projet a été retenu par la Mission Patrimoine, avec une centaine d’autres sélectionnés au niveau national. Il représente la Haute-Garonne pour cette année. 

Donner du sens à la vie

Notre but en concevant ce projet était à la fois artistique (pérenniser l’espace de travail où nous réalisons nos œuvres), patrimonial (ouvrir la voie aux aides financières pour sauver un bâtiment qui représente une époque de gloire industrielle de la ville de Muret) et social : créer un centre culturel où l’art et l’artisanat d’art permettront des échanges avec la population, une activité touristique, et une aide à l’éducation et à la formation des enfants, des jeunes, et de tous ceux qui voudront développer leur lien à la création. 

Une activité créative est toujours une source de sens dans la vie. Ce centre culturel aura comme vocation de faire rayonner la ville de Muret dans toute la région d’Occitanie et au niveau national. Le but est non seulement de sauvegarder ce patrimoine du Comminges, mais aussi de constituer un espace où le patrimoine de demain sera créé. 

Coup de projecteur

Cette reconnaissance va non seulement impliquer l’apport d’une somme importante pour commencer les travaux de restauration, mais aussi un coup de projecteur médiatique qui ouvre la porte à d’autres soutiens, et permet à toutes les bonnes volontés de se manifester.

 

À tous les participants

Merci à Chloé Le Bart et Gabrielle Mouchard qui, en 2020-2021, ont consacré leur projet de fin d’études d’architecture à la briqueterie. Elles ont su faire évoluer l’idée initiale et lui donner une forme concrète (leurs belles maquettes ont servi à mieux présenter le projet autour de nous). Merci à Anaéli Lartigue et Pierre-Loup Fernandez de Grado pour leur expertise de haut niveau. Merci à Maryse Casanova et à toutes les personnes qui nous ont donné des conseils très importants. 

Tout au long du projet, la famille Rondé-Oustau nous a témoigné une grande confiance en nous donnant carte blanche. En particulier, Bernard Rondé-Oustau qui depuis notre installation à la briqueterie en 2013 nous a donné tout son soutien pour les activités artistiques que nous menons. Nous sommes ravis de voir que Claire Carjuzaa s’est laissée convaincre petit à petit de la faisabilité du projet au point de le prendre cette année en main avec enthousiasme.

Merci à la mairie de Muret, qui avant le résultat de la Mission Bern nous avait déjà offert son soutien. 

Nous, en tant que couple d’artistes, sommes heureux de découvrir que les personnes qui prennent la création comme une source de sens dans leur vie sont bien plus nombreuses que nous le pensions. Leur soutien nous est précieux. 

Engagement des artistes

Vous le savez déjà, nous aimons dire que nous créons le patrimoine de demain. Prophétie déjà réalisée puisque nous comptons à notre actif l’installation de trois œuvres monumentales au cimetière de Père-Lachaise, le buste d’un ancien Premier ministre au Parlement belge ainsi qu’un monument dans le 9e arrondissement de Paris.

Nous nous engageons à continuer à « fabriquer » des œuvres d’art dans ce bel atelier qui prend une lumière plus intense. 

Découvrez le projet sur le site de la Fondation du Patrimoine :

https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/briqueterie-ronde-oustau

 

 

Liberté d’expression, encore une fois

Liberté d’expression, encore une fois

Salman Rushdie est un symbole, mais il est surtout un grand écrivain. Il y a des années, j’avais réalisé ce buste pour m’approprier en quelque sorte son expression à la fois distante et amicale, celle de quelqu’un qui observe le monde avec détachement, peut-être à cause des barrières imposées par les circonstances, tout en essayant de rester optimiste, presque souriant. Pourtant son monde physique s’était réduit à une espèce de clandestinité depuis qu’un personnage religieux extrémiste avait utilisé la littérature comme prétexte pour défier l’Occident. L’affaire avait attiré l’attention du monde entier. Nous découvrions à peine l’islamisme radical qui de temps en temps montre son visage monstrueux dans les attentats lâches et absurdes qui caractérisent le terrorisme. Nous avions oublié le danger que cet écrivain encourait tous les jours. 

Hier, trente-trois ans plus tard, il a été poignardé ; la liberté d’expression acquise dans nos sociétés démocratiques a été de nouveau attaquée. Les fanatiques n’aiment pas l’art, ce domaine de tous les possibles qui permet aux humains d’avancer en créant une zone à part, un terrain de jeu, la fiction. Le fanatisme, né de l’ignorance, a peur de cette zone de l’esprit. Leur seule arme, semer la terreur en s’attaquant au corps, à la matière qui permet l’existence de l’esprit.

L’argile redonne corps à ce symbole de liberté. Je vais l’utiliser comme base pour une nouvelle sculpture, en marbre cette fois.

Buste d’Elio Di Rupo, président de la Wallonie et ancien Premier ministre belge

Buste d’Elio Di Rupo, président de la Wallonie et ancien Premier ministre belge

La Belgique a une tradition particulière, celle de laisser une trace de tous les Premiers ministres en faisant appel à un sculpteur. De ce fait, elle octroie à l’art une place importante dans la transmission de la mémoire, comme l’humanité l’a fait depuis la nuit des temps.

Inutile de dire que pour nous c’est un immense honneur de participer à cette tradition par la réalisation du buste d’Elio Di Rupo, et d’incarner ainsi l’essence d’un homme qui croit fermement à l’émancipation des êtres humains.

L’ancien Premier ministre est un fervent défenseur de l’Europe ; nous avons donc été invités en tant qu’artistes européens.

Pour un sculpteur, il est toujours très important de travailler d’après son modèle en direct. Nous avons eu la chance de compter deux fois sur la présence de Monsieur Di Rupo à notre atelier, une première fois pour que je puisse réaliser les volumes, la pose, et l’ébauche de ses traits, et une deuxième fois pour la finition, afin de capter les nuances de son expression. Nous le remercions pour sa confiance dans notre travail créatif et pour son effort de venir à Muret, ce qui nous a permis de mieux le connaître et de passer un bon moment avec lui, autour d’un repas confectionné par nous-mêmes, accompagné d’un vin de notre caviste Laurent (Ma Petite Cave).

© Inge Verhelst / La Chambre (Parlement belge) (les 8 images ci-dessous)

Je parle toujours au nom de Juliette et moi, car comme l’a très bien dit la Présidente de la Chambre des représentants, Mme Eliane Tillieux, nous formons un ensemble : « Notre gratitude va dès lors au tandem que forment Gérard Lartigue et sa compagne Juliette Marne. A deux, ils ont parfaitement mené à bien le projet… », a-t-elle indiqué dans son discours avant de dévoiler l’œuvre. Je tiens à mon tour à remercier Mme Eliane Tillieux pour son chaleureux accueil, pour ses mots de reconnaissance, et pour l’importance qu’elle réserve à l’art dans le domaine de la vie politique.

Je dois raconter une petite anecdote à propos de mon discours :

La veille j’avais préparé quelques lignes pour parler du buste. J’avais mis au centre de mon discours une description de l’œuvre que nous avions partagée avec le parlement belge dans nos échanges par mail. Quelques minutes avant mon intervention, la Présidente s’est dirigée à moi après avoir parlé longtemps de l’ancien Premier ministre, de sa vie difficile et de ses succès à force de constance et d’effort, et elle m’a présenté avec des mots élogieux et… elle a eu l’amabilité de citer mes mots, les mots que je m’apprêtais à inclure dans mon micro-discours. J’étais à la fois flatté de constater la place que la Présidente donne aux artistes, et paniqué de savoir que j’allais devoir improviser. Mon cerveau était devenu un espace vide. Je me voyais déjà devant l’assemblée (c’est le cas de le dire), complètement tétanisé, cauchemar typique, celui de se trouver devant un public sans savoir pourquoi. Il paraît que je m’en suis sorti à peu près. Les gens ont dû se dire que je parle mieux avec mes mains (comme l’a dit, d’ailleurs, Mme Eliane Tillieux) et que mon discours n’était qu’un simple geste pour remercier les personnes présentes. 

Voici l’extrait cité par la Présidente de la chambre :

« Elio Di Rupo est venu poser deux fois à Muret. Cela a permis aux deux hommes d’établir une relation plus approfondie et à l’artiste de le capter en tant qu’être humain, avec empathie, acuité et émotion. Voici ce que l’artiste dit de ce buste :

Le modèle est droit, mais pas rigide. Son expression est détendue avec un brin d’amusement, car on apprécie aujourd’hui une politique accessible, dynamique, qui se prête à l’empathie. Les lunettes ne posent aucun obstacle entre le spectateur et l’œuvre : elles sont à peine suggérées. De cette façon, son regard est plus direct. L’idée de la main dans cette posture est de montrer un geste de générosité, dans un mouvement de don de soi-même, tout en essayant de garder une espèce d’exemplarité dans l’honnêteté et l’écoute. Au fond, nous cherchons à donner de la politique l’image d’une force exemplaire et de grand engagement. L’autorité doit reprendre sa place, dans une nouvelle relation avec la société, teintée de franchise, de spontanéité et d’une certaine légèreté, tout en gardant le sens de la détermination nécessaire pour prendre de grandes décisions.

Depuis le modèle en terre glaise, en passant par le modèle en cire et finalement l’œuvre en bronze, réalisée à la fonderie des Cyclopes à Mérignac, la commission d’accompagnement de la Chambre, composée de Mmes Lanjri et Jadin, n’a pu que se féliciter de la réussite de chacune des étapes de la réalisation de ce buste. Tout était juste du premier coup. »

Cliquez sur l’image pour voir la vidéo de l’inauguration :

Avant l’inauguration, nous avons parcouru de nombreux couloirs habités par des dizaines de bustes des personnages qui ont eu un rôle important dans l’histoire de la Belgique.

J’utilise le mot « habités » dans tous les sens du terme : les œuvres que Mme Sophie Wittemans nous a fait découvrir nous ont surpris par une qualité artistique rare, celle de la « présence ». La grande connaissance, accompagnée de simplicité et de générosité, de la Conservatrice du Palais de la Nation, nous a donné une vision générale de la collection d’art du parlement belge. L’œuvre des sculpteurs, parmi lesquels on trouve Égide Rombaux, Godefroid Devreese, Arthur Dupagne et même le Français François Rude, qui a réalisé le buste de Guillaume Ier, et des peintres (j’ai admiré en particulier un petit tableau de James Ensor, peintre qui a inspiré, soi dit en passant, feu le chanteur Arno, né à Ostende comme lui – je parlerai dans un autre article de notre soirée à la Grand Place de Bruxelles partageant avec les gens un concert du chanteur qui venait de partir), l’œuvre donc des sculpteurs et des peintres donne vie à ces espaces chargés de mémoire.

La vie est une série d’enchaînements étranges et inattendus : un jour nous recevons la commande du buste de l’ancien recteur de l’Université de Mons, Jacques Franeau, par son petit-fils, Gaspard Franeau. Lors du vernissage en 2018, Monsieur Di Rupo, en tant que bourgmestre de Mons, fait un discours où il décrit l’influence bénéfique que l’ancien professeur de physique a eue dans sa vie. Son soutien lui a permis d’avancer dans ses projets politiques. Quelques années plus tard, c’est au tour de l’ancien Premier ministre d’offrir ses traits, son expression, son regard comme inspiration pour les générations à venir. La réalisation de cette œuvre nous offre déjà des chemins riches d’un point de vue humain, par les rencontres, par la découverte d’une partie de la vie politique belge, par la participation, même si ce n’est qu’un grain de sable, à la création du patrimoine européen.

Séances de pose de l’ancien Premier ministre à notre atelier à Muret, au sud de Toulouse. Deux séances ont été nécessaires pour mieux appréhender la personnalité originale de Monsieur Di Rupo. Serein et élégant, il surprend par sa culture et son énergie, et par des mouvements de joie se superposant par instants à une fine discrétion

Beauté ou vanité

Beauté ou vanité

Si on se demande quelle est la base du travail d’un sculpteur, on aurait tort de croire que c’est la matière. Un sculpteur travaille avec la lumière. J’ai dû utiliser des spatules, des marteaux, des gouges, des postes à souder, des disques abrasifs, sur du bois, de la pierre, du marbre, de l’argile, du fer… pour comprendre qu’à la fin, c’était de la lumière dont il était question. L’ombre et la lumière. C’est la base de mon travail.

Pour un écrivain, ce n’est pas les mots, comme on aurait tendance à croire. Si c’était le cas, un roman ne pourrait pas être traduit dans une autre langue. Et si on voulait acheter un roman pour ses mots, on ferait mieux d’acheter un dictionnaire, qui en a davantage.

C’est plutôt le sens. Les écrivaines (et bien sûr, les écrivains aussi, si l’on exclut dans le mot écrivains les écrivaines) se basent sur le sens des mots pour construire toute une chaîne de réactions qui touchent les profondeurs de l’être humain.

Récemment, j’ai réalisé en argile (pour le couler ensuite en bronze) le buste d’un homme qui a un regard très particulier. C’est un mélange d’assurance, de sérénité, et de curiosité. C’est comme si avec l’âge, cet homme avait réussi à garder l’émerveillement de l’enfance tout en cultivant une distance, un scepticisme contrôlé, envers ses interlocuteurs.

Mon but en tant que sculpteur, c’est de traduire dans la matière ce que je capte de ses mouvements infinitésimaux, de ses traits sculptés avec le temps, de ses mots, de ses attentes. Il faut que les observateurs de l’oeuvre se disent : « C’est bien son expression, son regard… on dirait qu’il va parler ». C’est-à-dire, qu’ils le reconnaissent dans son essence, et qu’ils trouvent le portrait « vivant ». Il ne s’agit pas de réaliser une copie exacte de ses traits, autrement celui qui commande le portrait aurait choisi une impression 3D.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXIe, tout le monde a cru que c’était la fin la peinture, car l’arrivée de la photo semblait mettre en péril le travail des peintres. Très vite les gens se sont rendu compte que la « magie » de la peinture ne se trouvait pas dans la ressemblance exacte, mais dans le talent de l’artiste au moment de traduire la lumière et les couleurs sur une toile. Même la photographie a fait son propre chemin loin d’une recherche de ressemblance, puisque celle-ci était donnée pour acquise. Elle s’est centrée sur la beauté de la lumière, sur l’instant de l’expression, sur l’accent des ombres, sur la composition…

De son côté, la peinture s’est trouvé libérée de la copie exacte du modèle : les artistes ont compris que le but de l’art n’est pas de reproduire la nature, mais de trouver sa beauté cachée.

Deux sœurs, marbre de Carrare. Ombre et Lumière.

Stand-by

Stand-by

Depuis quelques mois déjà, je ne fais rien d’autre qu’enlever des morceaux de marbre à un bloc qui mesurait initialement deux mètres de hauteur et pesait plus d’une tonne. La semaine dernière nous avons amené à la déchèterie une demi-tonne de gravats et de poussière, qui s’accumulaient dans des sacs spéciaux pour la construction.

Je sais, l’anglais dérange certaines personnes. Pourquoi on n’utilise pas des mots en français ? On est en France, n’est-ce pas ? Mais parfois on cède à l’anglais, tant il est partout. Challenge au lieu de défi, wifi au lieu de fidélité sans fil, ou fifi, dans la même logique ; parking au lieu de parc de stationnement (bien que « parking » en anglais provienne du mot français parc)… bref, je laisse le titre Stand-by au lieu de « en suspens, à l’arrêt, en veilleuse », d’après Le Robert, pour garder un ton de start-up.

Je parle de cette période étrange, « inédite » comme on a entendu à la radio des millions de fois, surtout au début, pour faire référence encore une fois à la Covid (de nouveau l’anglais ! On dit « la » Covid parce que la traduction de cet acronyme anglais est la « maladie du coronavirus »). Une période en suspens, à l’arrêt… en veilleuse.

Dans un autre article (on pourra cliquer ici pour y aller quand il sera écrit), je parlerai des événements artistiques de notre atelier dans cette période : le fait d’être sélectionné pour le Salon des Artistes Français (https://www.artistes-francais.com/fichiers/file/salon2021/catalogues/sculpture.pdf) dont l’exposition au Grand-Palais a été annulée à cause de la…, l’inauguration du monument à la mémoire de Charles de Gaulle, celle du monument de Simone Veil, la publication du futur recueil de nouvelles d’Auzas dans lequel nous participons, l’apparition inattendue de la sculpture de la Pharaonne au Père-Lachaise, etc.

Les magasins de produits non essentiels sont fermés (les librairies y ont échappé cette fois). Les entreprises fonctionnent à distance. C’est l’époque du télétravail, le travail à distance (pas le travail devant la télé, quoique). Quand je sors de notre atelier, de la Briqueterie, je me retrouve dans un monde étrange, sans cafés, sans restaurants, habité par des gens qui cachent leur bouche. Je devrais être habitué à cette vue futuriste, mais étant donné que je ne sors presque jamais – et je parle seulement pour moi, car la Poétesse sort tous les jours avec Isis pour se changer les idées -, je n’arrive pas à enregistrer dans ma tête notre nouvelle forme de vie en société.

Pour moi, c’était l’occasion de me consacrer entièrement à mon bloc de marbre. Le bloc a disparu ; il est devenu une « sculpture ». Pas encore finie, mais elle prend déjà une forme de mouvement interne. Elle commence à occuper l’espace, à émaner une espèce de présence, à être là, à avoir un « moi » . C’est l’étape que j’apprécie infiniment, celle où je frappe le marbre en évitant de faire du mal à l’être qui commence à se manifester. J’enlève des morceaux de plus en plus petits, car je suis tout près de sa peau. Je finirai dans quelques semaines par enlever juste de la poussière. C’est cela la taille directe : on se confronte à une pierre, à un marbre, pour aller chercher dans ses entrailles l’être qui somnole à l’intérieur depuis des millions d’années. Ou, plutôt, le sculpteur découvre dans une matière vieille de quelques millions d’années un être qui vient d’arriver à l’existence il y a à peine moins de deux décennies pour à son tour rester des siècles, peut-être des millénaires, dans sa nouvelle essence.

Je suis confiné. Je suis un artiste-confiné, un confit de sculpteur, depuis longtemps, depuis que j’ai découvert la seule solution pour moi pour ne pas me diluer dans le néant, celle d’étudier la matière, de former un ensemble avec elle, de m’attacher aux molécules, de garder une ancre sur Terre.

En attendant de voir notre société sortir de cet état de suspens, je continue à enlever du marbre. On fera la fête quand on pourra de nouveau s’asseoir aux cafés et partager avec d’autres humains notre passage matériel sur cette belle planète. Mais je continuerai à exister dans la poussière.

Dylan, toujours se dépasser
L’encre, point commun entre le texte et l’image. Houellebecq (2)

L’encre, point commun entre le texte et l’image. Houellebecq (2)

« Mon dernier article, autour du buste d’Houellebecq, me mène à reprendre un texte que j’ai écrit au moment de la publication du livre d’Agathe Novak-Lechevalier, en librairie depuis 2018, Houellebecq, l’art de la consolation, dont la couverture est un dessin que j’ai réalisé de l’écrivain.  Etant donné que la pandémie n’existait pas à l’époque, je trouve signifiant le fait que je fais allusion à la banalité ambiante d’une façon qui aujourd’hui me semble désuète. Heureusement.

L’encre coule sur le papier de façon capricieuse. Je reprends mes vieilles habitudes de peintre pour comprendre le comportement de ce liquide teinté et pour mieux le maîtriser. Il faut se laisser surprendre par l’accident provoqué, et quelque part, dirigé. Un œil de Michel Houellebecq observe le spectateur, l’autre se focalise sur un monde lointain, obscur, étrange. Le visage a l’air sincère et compatissant, presque amical.

Agathe Novak-Lechevalier connaît bien l’écrivain et son œuvre. Elle décrit celle-ci dans un livre précis, analytique, fluide et riche.

À sa demande, j’ai proposé à Stock plusieurs dessins. L’éditrice Alice d’Andigné a choisi celui de l’asymétrie dans le regard de l’écrivain. La maquettiste l’a intégré dans une couverture claire et dépouillée, où le rouge presque orange du titre évite une sobriété austère en lui donnant une touche moderne.

Ce livre nous permet de mieux comprendre l’énorme succès de l’écrivain, si mal perçu dans certains milieux intellectuels. Agathe Novak-Lechevalier défait une à une les idées reçues sur son œuvre. Le poète est mis en avant. Un homme qui croit en la poésie ne peut pas être le pessimiste absolu que les médias nous présentent. Le monde va mal, c’est vrai. La banalité envahit tout. Mais les humains restent sensibles à la beauté. Cela peut les sauver. Houellebecq console le monde en ouvrant une voie à la poésie, à travers ses romans.

« Il est vrai que ce monde où nous respirons mal
N’inspire plus en nous qu’un dégoût manifeste.
Une envie de s’enfuir sans demander son reste,
Et nous ne lisons plus les titres du journal. »

La Poursuite du bonheur, Michel Houellebecq

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